En Tunisie, l’homme fort d’Ennahda interpellé vendredi hospitalisé dans « un état critique »

L’ancien ministre tunisien de la justice, Noureddine Bhiri, à Tunis, en février 2013.

L’ancien ministre tunisien de la justice, Noureddine Bhiri, homme fort du parti d’inspiration islamiste Ennahda, a été transféré dans un état critique à l’hôpital de Bizerte (nord) deux jours après son interpellation, ont affirmé dimanche 2 janvier des militants de ce mouvement et des députés.

Interpellé vendredi matin, M. Bhiri, 63 ans, « est dans un état critique, il est en réanimation à l’hôpital Bougatfa de Bizerte », a indiqué à l’AFP l’avocat et député Samir Dilou.

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Après plus de deux jours de silence, Rached Ghannouchi, chef d’Ennahda et dont M. Bhiri est considéré comme proche, a diffusé dimanche soir une lettre qu’il a adressée au président Kaïs Saïed en lui imputant « la responsabilité de révéler son état, de rassurer sa famille et l’opinion publique ».

Il a souligné qu’après les informations sur « la détérioration de l’état de santé » de M. Bhiri, le président Saïed devait « autoriser une équipe médicale et ses avocats à lui rendre visite et le libérer immédiatement ».

« Sa vie est menacée »

Ennahda est au cœur d’un bras de fer avec le président Kaïs Saïed depuis son coup de force du 25 juillet et sa décision de suspendre le Parlement que ce parti contrôlait depuis une dizaine d’années.

La députée et ancienne secrétaire d’Etat Saïda Ounissi a dénoncé sur Twitter le fait que M. Bhiri ait été détenu « dans un lieu tenu secret, sans aucun mandat d’arrêt, mise en accusation ou autorisation judiciaire ».

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Lors d’une conférence de presse à Tunis, Mondher Ounissi, médecin et membre du bureau exécutif d’Ennahda, a indiqué que M. Bhiri souffrait de plusieurs maladies chroniques, dont de diabète et d’hypertension, et prenait habituellement « seize comprimés par jour ».

Il a été « privé de ses médicaments » et « sa vie est menacée », a-t-il assuré, appelant « le Croissant-Rouge et les organisations internationales à intervenir » face à « des pratiques inhumaines ».

« Dans le tunnel de la dictature »

Dans une déclaration à l’AFP, Said Ferjani, membre de la direction d’Ennahda et proche de M. Bhiri, a dénoncé « une situation vraiment dangereuse pour la Tunisie et la région » quand on voit « un ex-ministre traité de cette manière ». Il a souligné que son état était « vraiment critique après trois jours sans boire, ni manger, et sans prendre ses médicaments ».

Samedi, l’Instance de prévention de la torture (INPT, autorité indépendante) et le parti Ennahda avaient déjà protesté et s’étaient inquiétés du sort réservé à M. Bhiri et à un autre dirigeant d’Ennahda, Fathi Baldi, arrêté lui aussi vendredi.

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L’INPT et le comité de défense de M. Bhiri ont dénoncé le secret autour du lieu de leur détention et l’absence d’explications du ministère de l’intérieur qui a ordonné les deux arrestations.

Le ministère s’était borné vendredi soir à annoncer deux assignations à résidence, sans donner de noms, faisant état d’une « mesure préventive dictée par la nécessité de préserver la sûreté nationale ».

Vendredi, le comité de défense de M. Bhiri avait qualifié son interpellation devant son domicile par des agents en civil de « kidnapping et [de] dangereux précédent marquant l’entrée du pays dans le tunnel de la dictature ».

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Le Monde avec AFP

via LeMonde

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