En Turquie, l’antenne de Médecins du monde en roue libre


Dans une clinique médicale dirigée par Médecins du monde dans le district de Fatih à Istanbul, en mars 2016.

Assise sur le canapé d’un confortable appartement du centre d’Istanbul, Idil prend une profonde inspiration avant d’entamer son récit. Ancienne salariée de la branche turque de l’ONG Médecins du monde (MDM), elle a mis du temps à digérer les quelques mois passés au sein de cette organisation humanitaire, engagée dans l’aide aux 3,7 millions de réfugiés syriens installés en Turquie.

« J’ai été témoin de problèmes dans le suivi des procédures dès mon arrivée, se souvient-elle. J’ai tenté de le signaler, mais ma supérieure hiérarchique couvrait ces pratiques. » Pendant deux heures, l’ex-employée, qui demande à garder l’anonymat comme l’ensemble des anciens salariés rencontrés dans le cadre de cette enquête, égrène des histoires de conflits d’intérêts et de favoritisme. Après quatre mois très éprouvants, elle a donné sa démission, écœurée par l’ambiance délétère de la structure. Et en octobre 2020, elle a lancé une procédure d’alerte auprès de MDM France, la maison mère.

« Je crains que cela ne donne lieu à un énorme scandale si MDM ne prend aucune mesure car beaucoup de personnes internes ou externes à MDM Turquie, surtout dans le sud-est du pays, connaissent ces pratiques et parlent de détournements de fonds, écrit-elle dans son mail adressé au siège parisien. Cela pourrait remonter jusqu’aux bailleurs. » Une semaine plus tard, Idil reçoit un courriel de la directrice des ressources humaines de MDM France : « Merci. Nous allons vous contacter. N’hésitez pas à nous indiquer le nom d’autres personnes susceptibles de témoigner. » Ce sera la seule réponse à son message. Le QG parisien, qui a renvoyé le traitement de l’alerte à un audit ultérieur, n’a jamais rappelé Idil.

Comme elle, dix-sept anciens salariés de MDM Turquie (Dünya Doktorlari Dernegi, DDD en turc) se sont confiés au Monde, sous le couvert d’un pseudonyme. Ils ont occupé des postes en finance, en logistique, en ressources humaines ou en coordination de programmes sur différentes périodes. Leurs témoignages, parfaitement convergents, et les documents qu’ils ont transmis au Monde dépeignent une ONG en roue libre, en proie à de graves dysfonctionnements et à de possibles malversations. Quatre autres personnes ont décliné une demande d’entretien par crainte de représailles.

« Organisation à haut risque »

MDM Turquie développe des cliniques mobiles et des projets en santé mentale à destination des réfugiés et soutient des partenaires locaux dans le nord-ouest de la Syrie, où elle assure notamment 16 000 consultations médicales par mois à Idlib et 8 000 à Afrin. Ces programmes sont financés par l’UE, d’autres branches de MDM et les gouvernements suisse et français. En 2020, l’ensemble des projets pilotés par MDM Turquie représentaient un budget de 15 millions d’euros et employaient près de 400 salariés.

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via LeMonde

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