En Turquie, les féminicides captent l’attention de l’opinion publique


Manifestation contre les violences faites aux femmes à Istanbul, en Turquie, le 25 novembre 2021.

LETTRE D’ISTANBUL

Victime de violences conjugales à répétition, Yemen Akoda, 38 ans, avait entamé une procédure de divorce lorsqu’elle a été tuée par son époux, Esref Akoda, le 24 juin 2021, devant son domicile à Aksaray, en Anatolie centrale. Ce matin-là, la mère de famille turque s’apprêtait à aller au travail lorsque son mari a fait irruption armé d’un pistolet.

Quelques mois avant sa mort, Yemen Akoda avait cherché protection auprès des autorités. Elle avait fini par pousser la porte du commissariat situé à deux pas de chez elle. Son appel avait été entendu. De février à juin 2021, les tribunaux ont émis quatre ordonnances d’éloignement à l’endroit du mari violent, à qui il a été interdit d’entrer en relation avec sa femme, de se trouver sur les lieux qu’elle fréquentait, notamment le domicile qu’il avait dû quitter, et l’usine de thé où elle travaillait.

Une injonction que l’intéressé n’arrêtait pas de violer, ayant approché et menacé sa femme à plusieurs reprises. Aux abois, la mère de famille s’était adressée au procureur, lequel n’a pas jugé bon de recourir aux sanctions disciplinaires prévues par la loi, tel le recours à une courte période de détention, « faute de preuves ».

« Ma mère avait demandé protection au procureur. Celui-ci lui a expliqué qu’il ne pouvait pas la protéger à moins qu’elle ait été blessée. Maintenant qu’elle a été mortellement blessée, protégez-la… », a écrit, le jour du drame, la fille aînée du couple dans un tweet supprimé quelques heures plus tard.

Le gouvernement « manque à son devoir de protéger »

Le sort tragique de Yemen Akoda est celui de centaines de femmes turques – 307 en 2021, 140 pour les cinq premiers mois de 2022 – assassinées par leurs époux, compagnons, amants, ou par des personnes de leur entourage proche – père, frère –, sans que l’Etat soit parvenu à les protéger. Pourtant, un arsenal juridique assez sophistiqué existe dans le droit turc pour lutter contre la violence à l’égard des femmes.

Adoptée en 2012, la loi turque n° 6 284 est calquée sur les dispositions de la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes, plus connue sous le nom de convention d’Istanbul. Malgré le retrait de la Turquie de la convention, décidée tout à trac par le président Recep Tayyip Erdogan le 1er juillet 2021, cette loi interne reste en vigueur.

Malgré ce dispositif, le gouvernement turc « manque à son devoir de protéger les victimes de violence domestique », pointe l’ONG Human Rights Watch (HRW) dans une enquête très fouillée publiée le 26 mai.

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via LeMonde

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