En Turquie, trois femmes sur la route d’Erdogan

Canan Kaftancioglu, représentante du Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche) à Istanbul, le 5 février 2021.

Finie l’époque où le président Recep Tayyip Erdogan était la seule étoile au firmament de la politique turque. Depuis la déroute de son Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) aux élections municipales de 2019, ses opposants ont repris du poil de la bête. On ne le dit pas assez, mais il n’y a pas que des hommes parmi eux. Des opposantes menacent tout autant de lui ravir la vedette. Issues de divers courants politiques, moins visibles que leurs homologues masculins, ces femmes à forte personnalité doivent jouer des coudes pour se faire entendre dans la « nouvelle Turquie » d’Erdogan, résolument figée dans son carcan patriarcal.

« En Turquie, les hommes dominent », reconnaît Canan Kaftancioglu, 48 ans, la représentante du Parti républicain du peuple (CHP, opposition) pour la ville d’Istanbul. « Etre une femme n’est déjà pas facile, alors être une femme politique… », souligne cette petite brune énergique au visage malicieux. Et puis, c’est une certitude, « Erdogan et son entourage n’aiment pas les femmes émancipées. Le fait qu’une femme puisse avoir une ambition politique leur est insupportable ».

Féministe, passionnée de moto, pro-LGBT, cette médecin légiste de formation n’a rien, il est vrai, de la femme idéale selon les critères islamo-conservateurs. Pour commencer, elle a le rire facile, or les femmes ne devraient pas rire en public, « c’est une question de décence », avait déclaré jadis Bülent Arinç, un ancien compagnon de route du chef de l’Etat.

La femme, une « mère avant tout » pour Erdogan

L’émancipation du sexe faible n’est apparemment pas au programme de l’islam politique. « La femme est une mère avant tout », répète sans cesse M. Erdogan, qui invite les femmes à mettre au monde « trois enfants au moins » et qualifie d’« incomplètes » celles qui n’en ont pas. Sans compter ce jour où son parti est allé jusqu’à présenter, à l’Assemblée, un projet de loi prévoyant une amnistie pour les violeurs, à condition qu’ils épousent leur victime – pour finalement le retirer face au tollé.

Oser présenter ce genre de loi au Parlement eut été impensable il y a vingt ans. « Les femmes turques ont obtenu des droits grâce à Atatürk, mais ces droits ont reculé », estime Canan Kaftancioglu, assise, comme il se doit au CHP, sous le portrait de Mustafa Kemal, le fondateur de la République. Issue d’une famille modeste des bords de la mer Noire, père instituteur, mère au foyer, la responsable politique est reconnaissante de ce que le système républicain lui a donné : l’éducation, l’autonomie financière, la possibilité de mener sa barque comme elle l’entend. Toutes les Turques n’ont pas cette chance. Pas moins de 471 ont été assassinées par leurs proches en 2020, sans compter « toutes celles qui subissent au quotidien des violences physiques et verbales, au travail, dans la rue, au sein de la famille aussi. On a du chemin à faire… »

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via LeMonde

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