En Ukraine, la procureure générale traque les crimes de guerre « vingt-quatre heures sur vingt-quatre »


Iryna Venediktova, procureur générale d’Ukraine, à Kiev, le 20 avril 2022 .

Jamais un pays n’avait mené de telles enquêtes en temps de guerre. « Nous en sommes au 56e jour et cela ressemble à un très long jour », lâche Iryna Venediktova, dans une vaste salle de réception de son bureau protégé du centre-ville de Kiev, mercredi 20 avril. La procureure générale d’Ukraine traque les crimes de guerre commis dans son pays depuis le début de l’invasion russe, déclenchée le jeudi 24 février.

« Nous travaillons vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tous les jours de la semaine », glisse la femme de 43 ans. Sur un téléphone portable, elle désigne les « 7 462 » enquêtes pour crimes de guerre – un chiffre en constante augmentation – enregistrées sur le site Warcrime.gov.ua, un « hub » informatique pour les diverses institutions ukrainiennes, qui a déjà recueilli « plus de 11 000 témoignages ». Le site fait aussi état de la mort de 208 enfants, sans compter les victimes potentielles dans les zones encore occupées par l’armée russe.

« Dès les premiers jours de la guerre, à Marioupol, on nous a signalé le cas d’une fille de 6 ans, morte de déshydratation. La situation que nous avons aujourd’hui dans la ville, on n’ose l’imaginer », explique Mme Venediktova. Elle s’inquiète notamment de cas de déportation d’Ukrainiens depuis cette ville portuaire du sud du pays, assiégée et bombardée par les troupes du Kremlin, vers la Fédération de Russie. « La déportation d’enfants d’Ukraine nous donne l’occasion de qualifier cela de génocide. Nous avons commencé à enquêter sur ce sujet dès le premier jour de guerre, mais je suis une procureure et j’ai besoin de plus de preuves. »

Deux semaines avant le début de l’offensive des forces du Kremlin et alors que les craintes montaient sur une possible attaque, « nous avions eu des réunions de coordination avec les procureurs du pays », explique Iryna Venediktova, en traçant une ligne invisible sur une carte du pays, « de Loutsk à Odessa ». « Bien sûr nous espérions que tout cela ne serait qu’un entraînement… »

Collaboration avec la Cour pénale internationale

« Nous sommes des gens expérimentés, nous sommes confrontés à une guerre en Ukraine depuis huit ans », assure la magistrate, en évoquant le début de la guerre dans le Donbass opposant les forces ukrainiennes et les séparatistes soutenus par Moscou, en 2014. « Aujourd’hui, nous faisons face à une invasion de grande ampleur, encore une fois déclenchée par la Russie. Mais, durant ces huit années, nous avons enquêté sur des crimes de guerre et compris qu’il fallait s’approprier le droit humanitaire international. Nous appliquons désormais cette méthodologie pour enquêter. »

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via LeMonde

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