Engie veut faire payer la Belgique, afin de prolonger deux de ses centrales nucléaires


La centrale nucléaire de Tihange, dans la province belge de Liège, le 6 mai 2022.

L’annonce, en mars, d’une prolongation jusqu’en 2035 de deux des sept réacteurs nucléaires belges était censée clore une longue histoire, émaillée de rebondissements et de revirements. Il n’en sera rien : Engie-Electrabel a, comme cela était prévisible, décidé de poser de lourdes exigences pour ce maintien de l’activité. Et jeté un pavé dans la mare, mardi 31 mai : dans une lettre au premier ministre, Alexander De Croo, l’énergéticien a demandé à l’Etat belge de devenir une sorte de coexploitant des centrales et de cofinancer, non seulement la prolongation de Tihange 3 et Doel, mais aussi les coûts du démantèlement des autres réacteurs et le traitement des déchets.

En position de force face à des autorités qui ont longtemps tergiversé et sont, en outre, confrontées aux conséquences de la guerre en Ukraine pour l’approvisionnement en gaz, la directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor, estime que le montant des décisions que le groupe devrait assumer s’élève à 1 milliard d’euros. Une prise de risque jugée trop importante pour un opérateur privé qui, par ailleurs, avait exprimé ses réticences quant à la prolongation des centrales. Invoquant sa nécessaire « stabilité », le groupe se dit toutefois soucieux de contribuer à la sécurité d’approvisionnement du pays.

C’est aussi la priorité du gouvernement assurait, jeudi 2 juin, M. De Croo. Lequel doit, en principe, faire aboutir la négociation avec le groupe français avant la fin du mois de juin. La discussion promettait, de toute façon, d’être orageuse. Les Verts, membres de la coalition fédérale, entendent qu’Engie-Electrabel supporte seul les coûts du démantèlement et des déchets, au nom du principe « pollueur-payeur ». La facture atteindrait au total 40 milliards d’euros et la ministre écologiste de l’énergie, Tinne Van der Straeten, compte bien la faire régler intégralement par l’exploitant.

Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur libéral, un autre parti de la majorité a, lui aussi, crispé le débat, en affirmant qu’il n’était pas question que l’Etat paie pour un partenaire privé qui, selon ce dirigeant, réalise une marge bénéficiaire de près de 500 % sur chaque kilowattheure produit. L’essentiel de ces dividendes remonte vers Paris, où le groupe prouve ainsi sa solidité, ajoute, quant à elle, la gauche radicale. Les centrales belges ont permis au groupe d’engranger 583 millions d’euros au premier trimestre 2022, affirme le quotidien De Standaard.

« Une épée de Damoclès supplémentaire »

« On ne négocie pas ce genre de chose sur la place publique », affirme M. De Croo, en tentant de calmer le jeu. Son équipe ministérielle a, en tout cas, refusé jusqu’ici toute idée d’une coexploitation. Et elle compte toujours sur une prolongation à partir de 2025, alors qu’Engie met en avant des problèmes d’approvisionnement en combustible, ce qui pourrait retarder l’échéance d’un ou deux ans, et donc priver le pays d’un recours au nucléaire durant deux hivers. S’il entend subventionner, comme prévu, des capacités autres de production – dont des centrales au gaz, à construire –, le gouvernement devrait, en tout cas, déterminer rapidement s’il pourra compter ou non sur l’apport du nucléaire, et jusqu’à quand.

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via LeMonde

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