Entre les Etats-Unis et la Chine, de l’affrontement à la « compétition féroce »

Le président américain, Joe Biden, le 12 novembre, à la Maison Blanche.

Comme son prédécesseur Donald Trump, Joe Biden revendique la disparition de la distinction entre politiques intérieure et extérieure. La journée du lundi 15 novembre en offre une illustration spectaculaire. Au cours d’une cérémonie à la Maison Blanche, le président américain devait signer la loi sur les infrastructures (1 200 milliards de dollars, soit 1 047 milliards d’euros), votée à la Chambre des représentants. Dans la soirée, il devait s’entretenir, par écrans interposés, avec son homologue chinois Xi Jinping. Or le plan d’investissement massif dans les ponts, les routes, les ports et les aéroports est notamment justifié par la volonté de Washington de renforcer ses atouts, dans la grande rivalité qui se met en place, sur tous les plans, avec Pékin.

Ce rendez-vous avec le dirigeant chinois, qui fait suite à un entretien téléphonique entre les deux hommes, le 9 septembre, a été préparé pendant plusieurs semaines par les conseillers. Aucun résultat immédiat n’est attendu. Mais la conversation, qui pourrait durer plusieurs heures, vise à poser plus clairement les bases de la relation bilatérale, sans outrances de langage. En mars, la première rencontre de haut niveau entre l’administration Biden et les représentants de la Chine, à Anchorage (Alaska), avait été mouvementée. Le secrétaire d’Etat Antony Blinken et Yang Jiechi, le chef de la diplomatie au sein du Parti communiste chinois, avaient échangé des propos acides devant les caméras. Le premier avait exprimé les « préoccupations profondes » de Washington sur plusieurs sujets sensibles, comme Taïwan. « Nous croyons qu’il est important que les Etats-Unis changent leur propre image et cessent de promouvoir leur propre démocratie dans le monde », avait lancé le représentant chinois, dans un long propos introductif, insistant sur les faiblesses intérieures de l’Amérique.

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Depuis, à Washington, l’expression « rival systémique » a cédé la place à « vive concurrence ». Derrière ce glissement sémantique se dessine une volonté de définir, avec la Chine, les paramètres de cette compétition, afin d’éviter tout malentendu ou escalade potentielle. La concentration du pouvoir entre les mains de Xi Jinping, son refus de voyager à l’étranger en période de pandémie, accroît ce risque d’incompréhension mutuelle. En sens inverse, les Américains manquent de relais sûrs pour comprendre, de l’intérieur, un système politique chinois opaque. D’où l’importance du dialogue direct entre dirigeants.

Permettre des convergences

Le 11 novembre, à l’occasion d’une allocution vidéo donnée au Lowy Institute à Sydney (Australie), suivie d’une séance de questions, Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, est revenu longuement sur la politique américaine dans l’Indo-Pacifique, face à la Chine. Il a rejeté l’idée d’une « nouvelle guerre froide » prétendument inéluctable, ou d’une confrontation. « Nous avons le choix, à la place, d’avancer dans le cadre de ce que le président Biden a appelé une compétition féroce, a expliqué le conseiller. Où nous allons rivaliser vigoureusement dans de nombreux domaines, dont l’économie et la technologie. Où nous allons nous dresser en défense de nos valeurs. Mais où nous allons aussi reconnaître que la Chine sera un acteur dans le système international dans un avenir proche. Elle est là pour rester. »

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via LeMonde

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