Etats-Unis : David Hogg, survivant et figure de proue du mouvement contre les armes


David Hogg et l’ancienne représentante Gabrielle Giffords, lors d’un mémorial pour les victimes de violences armées, au National Mall, à Washington, mardi 7 juin 2022.

II fut un temps où David Hogg rêvait de devenir journaliste ou ingénieur dans l’aérospatiale. Un temps où il n’affrontait que les soucis d’un adolescent ordinaire, scolarisé à Parkland, en Floride. Il avait 17 ans en février 2018, le jour où un tueur, à peine plus âgé, avait pénétré dans l’établissement avec un fusil d’assaut et abattu quatorze élèves et trois adultes. Ce drame a bouleversé sa vie à jamais. Il l’a aussi précipité dans l’arène publique. Devenu un militant reconnu du contrôle des armes à feu au sein du mouvement March for Our Lives (« Marcher pour nos vies »), David Hogg sera au premier rang des manifestants à Washington, samedi 11 juin, lors d’une journée de mobilisation exceptionnelle dans tout le pays. Elle fait suite à la tuerie d’Uvalde (Texas), dans laquelle dix-neuf enfants ont péri.

Avant ce nouveau massacre au Texas, David Hogg avait supprimé Twitter de son téléphone pour se concentrer sur ses examens. Il s’est reconnecté sur-le-champ. « Je n’avais pas le choix. » Etudiant à Harvard, il est la figure de proue de March for Our Lives, initiée après Parkland. A l’époque, des centaines de milliers de personnes avaient afflué vers la capitale américaine. Depuis, le jeune homme cherche à dépasser la polarisation incandescente sur les armes, qui oppose républicains et démocrates. Il veut croire qu’une ouverture se dessine enfin pour avancer. « Le mouvement est plus fort que jamais, dit-il, dans un entretien téléphonique au Monde. Cela fait des décennies qu’on n’a pas été aussi proche de changer quelque chose. Nous devons choisir l’espoir et l’action plutôt que simplement les pensées et les prières. »

Sur Twitter, où il compte plus de 1,1 million d’abonnés, David Hogg interpelle, dénonce et encourage, inlassable, à l’approche du 11 juin. Il s’est rendu à Houston, trois jours après Uvalde, pour protester devant le bâtiment où se tenait la convention de la National Rifle Association (NRA), principal lobby des armes. « C’était inouï, dit-il. Il faisait 33 °C, et les chants étaient si puissants que ça me faisait mal aux oreilles. A l’intérieur, ils avaient l’air conditionné et un ancien président [Donald Trump] comme invité, mais ils semblaient n’être que quelques centaines. J’ai vraiment l’impression que, cette fois, les choses sont différentes. »

45 000 morts par balle en 2020

Autoconviction, communication, rapport de force classique ? David Hogg a eu des contacts récents avec de nombreux élus au Congrès. Il espère que les démocrates afficheront un front uni et que dix républicains sortiront de leurs tranchées habituelles pour les rejoindre, même si le consensus se fait sur des bases minimales. Un groupe bipartisan de neuf sénateurs s’est constitué pour travailler sur deux textes. L’un dit du « drapeau rouge » permettrait la saisie temporaire sur décision judiciaire d’armes appartenant à une personne jugée instable et dangereuse ; l’autre projet renforcerait les vérifications préalables des antécédents pour tout acheteur potentiel d’arme à feu. Mais les républicains sanctifient le second amendement de la Constitution, et dénoncent toute législation sur les armes comme une atteinte à cette liberté. Pas question, donc, d’interdire à la vente le AR-15, le fusil d’assaut semi-automatique utilisé dans toutes les tueries de masse.

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via LeMonde

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