Etats-Unis : la déprime démocrate face à l’irrésistible retour de Donald Trump

L’ancien président Donald Trump lors d’un rassemblement à Des Moines (Iowa), le 9 octobre 2021.

En politique, la cyclothymie est mauvaise conseillère. Elle empêche de voir les nuances et les ambiguïtés du moment. Les démocrates en sont là. L’arrivée au pouvoir de Joe Biden avait diffusé un sentiment d’euphorie exagéré. Grâce à une courte majorité au Sénat et à la Chambre des représentants, tout semblait possible. Les ambitions réformatrices du nouveau président se déployaient de façon inattendue. L’Amérique pouvait envisager de tourner deux pages à la fois, celle de l’épidémie de Covid-19 et celle de la guerre en Afghanistan. Twitter et Facebook ayant privé Donald Trump de ses exutoires favoris, l’assainissement du débat public paraissait à portée de main.

Près de neuf mois plus tard, la dépression guette. Le retrait militaire d’Afghanistan a tourné au fiasco. Le chiffre des contaminations, bien qu’en baisse (autour de 96 000 par jour), se maintient à un niveau élevé, parce que la vaccination plafonne. Les deux grands projets de loi voulus par Joe Biden, sur les infrastructures et la revitalisation de l’Etat-providence, sont pour l’heure livrés aux négociations de boutiquiers dans le camp démocrate.

La Maison Blanche navigue entre deux sénateurs dits modérés (Joe Manchin et Kyrsten Sinema) et les élus progressistes. Elle mise sur une redistribution complète des cartes politiques, en cas d’adoption finale des deux textes. La nouvelle date butoir est la fin octobre. « En donnant la priorité à l’agenda progressiste, Joe Biden a accentué les lignes de division avec le Parti républicain et antagonisé les électeurs indépendants, qui avaient justement voté pour lui en croyant qu’il parviendrait à réduire les tensions », avertit William Galston, expert de la politique américaine à la Brookings Institution (classée au centre gauche).

Constatant l’érosion inquiétante de Joe Biden dans les sondages depuis la mi-août, y compris sur ses atouts principaux comme la lutte contre la crise sanitaire ou le leadership, le camp démocrate se trouve sous haute tension. D’autant que Donald Trump prépare sa revanche, quitte à tout brûler. Les espoirs entretenus par Joe Biden, celui d’un retour à une confrontation civilisée entre démocrates et républicains, ont été balayés. Le cordon reliant Donald Trump à la base du Grand Old Party demeure solide, empêchant les élus de prendre leurs distances, ou même d’accepter un examen honnête de l’insurrection du 6 janvier au Capitole. Selon une étude du Pew Research Center publiée le 6 octobre, deux tiers des sympathisants souhaitent que l’ancien président joue un rôle politique actif dans les années à venir (+ 10 % depuis janvier). Parmi eux, 44 % espèrent une nouvelle candidature.

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via LeMonde

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