Eugenio Scalfari, fondateur du quotidien italien « La Repubblica », est mort


Eugenio Scalfari lors d’une conférence au club de la presse étrangère, à Rome, le 21 novembre 2013.

Il aimait les penseurs des Lumières, et surtout Diderot pour son matérialisme enchanté. En guise de postface à une édition italienne, chez Sellerio, du Rêve de d’Alembert, Eugenio Scalfari imagina un dialogue entre Julie de Lespinasse et le philosophe, sur la fragilité des choses humaines où ce dernier rappelait : « Pour vous, pour moi, pour chacun de nous, notre éphémère est notre éternité. » Figure de proue de la vie intellectuelle italienne, journaliste de renom, patron de presse à succès, fondateur de l’hebdomadaire L’Espresso (1955), puis du quotidien La Repubblica (1976), Eugenio Scalfari,, était un grand amoureux de la langue comme de la culture françaises. Et Le Monde, l’une de ses lectures favorites. Il est mort à l’âge de 98 ans jeudi 14 juillet, a annoncé La Repubblica.

« Il Ddirettore », comme l’appelaient ses collaborateurs ou même affectueusement ses proches, aurait voulu que La Repubblica, « ce presque fils de papier » dont il a tenu la barre pendant vingt ans, entre 1976 et 1996, soit encore plus pugnace et influent que son modèle de la parisienne rue des Italiens. Depuis plus de quarante ans, La Repubblica fait l’opinion en Italie et crée l’événement par ses interviews-chocs ou ses enquêtes.

Le journal de la Piazza Indipendenza – belle adresse pour un média, même si celui-ci a depuis déménagé – reste un contre-pouvoir, un antipouvoir, un plus-que-pouvoir. « Un journal corsaire », comme aimait à le caractériser son directeur-fondateur à la barbe blanche de Garibaldi assagi. Admirateur inconditionnel de la Révolution française, qui, chaque année, célébrait le 14-Juillet en conviant amis, intellectuels, industriels et hommes politiques, ce jacobin de cœur aurait aimé aussi, en Italie, pouvoir pleinement croire en la République et en l’Etat de droit. « La corruption italienne découle du fait que l’Etat est perçu par la population comme quelque chose qui lui est extérieur, avec une classe dirigeante barricadée dans la défense de ses privilèges », rappelait-il volontiers.

Le plus craint des journalistes

Dans les colonnes de son journal, il prônait la rigueur économique et la justice sociale, la bienveillance vis-à-vis des communistes devenus réformistes, le dialogue avec le monde catholique, et surtout le respect pour la chose publique. Même après avoir abandonné les rênes du quotidien, il a continué à porter ces idées dans ses longs éditoriaux du dimanche, « ses homélies », comme il les appelait en plaisantant.

Eugenio Scalfari fut le plus influent, le plus respecté, le plus craint des journalistes italiens du dernier tiers du XXe siècle. Le plus détesté aussi par ceux qu’il pourfendait. « Si je devais le noter, je donnerais un 10 sur 10 au patron de presse, un 8 au journaliste, mais à peine la moyenne au politique, car il s’est souvent trompé », ironise un ancien sénateur qui fut l’un de ses proches.

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via LeMonde

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