« Eurafrique. Aux origines coloniales de l’Union européenne » : un projet impérialiste


« Eurafrique. Aux origines coloniales de l’Union européenne », de Peo Hansen et Stefan Jonsson, traduction de Claire Habart, La Découverte, 369 pages, 24 euros.

Livre. C’est l’histoire d’une idée, l’Eurafrique, qui a marqué son époque, avant de disparaître totalement du débat public, et que deux chercheurs exhument un siècle plus tard pour expliquer la construction européenne à rebours de ce qui est habituellement avancé. Dans leur essai Eurafrique. Aux origines coloniales de l’Union européenne, Peo Hansen et Stefan Jonsson, tous deux professeurs à l’université de Linköping (Suède), tentent de déconstruire « le mythe » d’une construction européenne reposant sur la seule volonté de « favoriser la paix et la coopération et [de] vaincre ainsi les rivalités nationalistes et les aspirations impériales ».

Partant du constat que « les tentatives d’unification de l’Europe ont toujours coïncidé avec des efforts pour stabiliser, réformer et réinventer le système colonial en Afrique », ils mettent en avant, a contrario, l’idée d’un « projet impérialiste », celui de construire une Europe forte sur l’exploitation des ressources africaines. A tel point que la France a fait de l’intégration de son empire, en particulier de l’Algérie et de ses possessions en Afrique subsaharienne, une condition sine qua non à sa participation au projet européen et à sa signature du traité de Rome. Projet utopique des années 1920, l’Eurafrique devient « une réalité politique dans les années 1950 » avec « la fondation en 1957 de la Communauté économique européenne, ancêtre de l’actuelle Union européenne », qui comprend, en plus des pays signataires, « les principales possessions coloniales des Etats membres ».

Etre moins dépendante des Etats-Unis

La grande force de la démonstration de Peo Hansen et de Stefan Jonsson repose sur l’examen minutieux de quantité de documents (archives politiques, journaux de l’époque, livres, réflexions de penseurs et de chercheurs d’hier et d’aujourd’hui…) et l’étude, dans le détail, des négociations bilatérales ou multilatérales entre les futurs pays membres ; ce qui leur permet de traduire les préoccupations de cette période historique, mais donne parfois l’impression d’une analyse qui tourne en rond.

Il en ressort néanmoins qu’à toutes les étapes de la construction européenne, la question de l’intégration des possessions coloniales s’est posée très clairement car, malgré la concurrence entre les différents empires (principalement entre le Royaume-Uni et la France), il apparaissait qu’en intégrant l’Afrique à sa construction et en mutualisant les investissements pour l’extraction et l’exploitation de ses ressources, l’Europe pourrait jouer à partie égale avec les géants américain et soviétique et être moins dépendante des Etats-Unis en pleine guerre froide.

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via LeMonde

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