Europe : « Etablir pour les entreprises des indicateurs identiques sur l’environnement, le social et la gouvernance »

Tribune. Depuis quelques mois, l’Europe travaille à la révision de la directive sur la publication d’informations non financières qui impose aujourd’hui aux grandes entreprises de publier des rapports sur leur manière de prendre en compte la protection de l’environnement, le partage de la valeur ou encore le respect des droits humains dans leurs activités.

L’enjeu de cette révision est d’établir un référentiel commun par lequel toutes les entreprises communiqueront des indicateurs identiques en matière environnementale, sociale et de gouvernance. Ces indicateurs établiront ce qu’il est convenu d’appeler leur performance extrafinancière qui, combinée à la performance financière classique, constituera leur performance globale.

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D’apparence technique, ce sujet est en réalité hautement politique.

Politique d’abord, car il intéresse au premier chef les citoyens. Face à l’urgence climatique, les citoyens exigent désormais de plus en plus des entreprises qu’elles rendent compte de leur impact environnemental. Or, les citoyens ne sont pas seulement des électeurs. Ce sont aussi des clients, des salariés, des riverains et des épargnants. Ce sont les parties prenantes sans lesquelles l’entreprise ne peut rien, et qui ont le pouvoir, par leur façon d’acheter, de travailler ou d’investir, de l’engager dans une démarche de responsabilité.

Politique surtout, car il oppose des visions différentes de ce que doit être la performance extrafinancière d’une entreprise. L’Union européenne (UE) n’est pas la seule puissance engagée dans la mesure de cette performance. Les Etats-Unis sont aussi en train de concevoir leurs propres indicateurs. Si ceux-ci devaient s’imposer et devenir la norme internationale, le développement durable serait défini par une vision américaine.

Pour l’indépendance et la souveraineté de l’Europe

Les répercussions sur l’accès des entreprises européennes à des financements reposant sur ces futures normes seraient considérables. Se faire imposer des standards extrafinanciers serait une erreur politique majeure aux conséquences économiques graves. L’Europe ne doit pas avoir peur d’affirmer sa souveraineté, d’autant plus qu’elle porte de longue date le leadership sur ce sujet.

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L’Europe a déjà fait cette erreur, au début des années 2000, en déléguant à une instance indépendante, mais anglo-saxonne, la détermination des normes comptables avec l’International Financial Reporting Standards (IFRS). Aujourd’hui, la santé financière des entreprises est évaluée à l’aune d’une vision américaine du capitalisme, de la dette et des fonds propres. Elle explique la domination américaine sur les agences de notation, y compris, aujourd’hui, celles opérant dans le domaine extrafinancier (rachat d’Oekom par ISS en 2018, rachat de Vigeo Eiris par Moody’s en 2019).

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via LeMonde

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