Exilés ukrainiens et russes en France : « J’ai décidé de ne plus du tout parler à mon cousin russe »

Leurs vies ont été bouleversées par le conflit. Douze familles ukrainiennes et russes nous racontent leur nouveau quotidien en France au fil des semaines. Depuis nos derniers échanges, Nina a fêté son anniversaire à Paris. La belle-sœur et les enfants de Violetta ont quitté Odessa bombardée et rejoint eux aussi Asnières. Nataliia a trouvé une solution d’accueil à l’école pour sa fille de 3 ans et travaille à plein temps. Les relations d’Evgenia avec son cousin russe se sont détériorées.

Dans cette série, « Carnets d’exil », tous les noms ne sont pas publiés afin de protéger les personnes qui ont accepté de témoigner auprès du Monde.

Plus de 70 000 déplacés ukrainiens bénéficient de l’allocation pour demandeur d’asile en France, selon les derniers chiffres de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, publiés le 27 avril.

Nina, à Paris

« J’ai vendu l’appartement de ma mère à Moscou »



Nina était heureuse de recevoir, pendant quelques jours, sa mère à Paris, fin avril. Elle est parvenue à vendre l’appartement que cette dernière possédait à Moscou. Mais elle ne sait pas comment faire parvenir l’argent en France, les Russes étant interdits de transfert de devises à l’étranger, nous raconte-t-elle, son chien Kesha sur les genoux. Nina n’est plus bénévole à la Croix-Rouge pour l’accueil des réfugiés ukrainiens et jusqu’au 9 mai, jour de la victoire sur l’Allemagne nazie en Russie, elle a craint les annonces de Vladimir Poutine.

« LE 25 AVRIL, C’ÉTAIT MON ANNIVERSAIRE, ça a un peu changé l’atmosphère. Ma mère est venue de Suisse, où elle vit. On a fait la fête à la russe, pendant plusieurs jours avec des visiteurs. On a chanté, dansé, on a discuté, mangé et bu. Ma mère m’a offert une carte où le nombre 57 est inscrit, mais j’ai eu 58 ans ! [Nina sourit]. Même si c’est parfois compliqué – elle a ses règles, ses horaires qu’il faut suivre –, je suis toujours contente de la voir. J’ai vendu son appartement à Moscou, en donnant procuration à un membre de la famille. J’ai changé les roubles en dollars, au marché noir. Mais, maintenant, l’argent est bloqué en Russie. Je ne sais pas comment le faire venir ici.

Ma dernière mission en tant que traductrice bénévole a été annulée, car la Croix-Rouge a fermé son point d’accueil des réfugiés ukrainiens à la gare Montparnasse. Je ne souhaite plus travailler avec la Croix-Rouge. Je trouve qu’il y a un problème d’organisation au niveau de l’encadrement, on est briefés en trois minutes. Je suis manageuse, je sais comment organiser le travail d’une équipe pour que ça fonctionne. Je ne parle pas des bénévoles, organisés sur les messageries Slack ou Telegram, et qui prennent sur leurs deniers pour acheter de l’eau, du café, du thé, des biscuits pour les distribuer aux réfugiés.

On se trouve en face de gens qui souffrent, qui sont faibles, chaque cas est différent, et j’ai trouvé le protocole trop rigide. Je continue d’aller à la gare pour aider une équipe de la SNCF à traduire les demandes de billets des réfugiés.

Je parle avec mes amis restés à Moscou, ils sont tous déprimés. L’un d’eux, qui se trouve maintenant à Riga, en Lettonie, me raconte que l’atmosphère dans la capitale russe est lourde, comme devait l’être celle de Berlin dans les années 1937-1938.

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via LeMonde

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