Exilés ukrainiens et russes en France : « Les Français parlent de choses ordinaires si passionnément ! »

Leurs vies ont été bouleversées par le conflit. Douze familles ukrainiennes et russes nous racontent leur nouveau quotidien en France, au fil des semaines depuis avril. Pour cet épisode, nous avons interrogé Tamara, Evgenia, Nina et Maksim sur leur vision de la France et des Français, plusieurs mois après leur arrivée. Des regards reconnaissants, surprenants et parfois critiques.

Après plus de cinq mois de guerre, plus de 100 000 déplacés ukrainiens bénéficient de l’allocation pour demandeur d’asile en France, selon l’Office français de l’immigration et de l’intégration.

Dans cette série « Carnets d’exil », tous les noms ne sont pas publiés afin de protéger les personnes qui ont accepté de témoigner auprès du Monde.

Maksim, à Toulon

«&nbspEn France, il n’y a pas de métier déconsidéré »



Olga et Maksim sont arrivés à Toulon avec leurs sept enfants en avril, après avoir fui leur village occupé. La France, avec ses noms de villes « exotiques », était pour eux une « autre planète » avant la guerre ; c’est devenu leur refuge. Très entourée, la famille ne cesse de s’étonner de la gentillesse de Toulonnais. Ils apprennent peu à peu à « lire » le pays. Maksim partage ses dernières observations.

« LES FRANÇAIS ME SURPRENNENT. Ils font toujours l’effort de sourire, ils sont toujours polis. Ils disent « pardon », « merci », « au revoir » en sortant du bus, sans bousculer tout le monde. Avec Olga, qui se débrouille maintenant très bien en français, les gens sont gentils, toujours prêts à proposer leur aide. C’est très appréciable. Même les chauffeurs de bus disent « bonjour ». En Ukraine, il y a évidemment beaucoup de bonnes personnes, mais, dans l’ensemble, les gens sont plus méfiants, plus fermés, sans doute à cause du mode de vie – plutôt un mode de survie –, avec toujours l’inquiétude de conserver ce qui a été acquis, la peur de manquer, l’insatisfaction… La situation économique laisse son empreinte sur les individus. Quand on est confronté à une vie difficile, à des difficultés, au manque d’argent, on est moins enclin à aller vers les autres.

Jusqu’à la guerre, je n’avais jamais passé la frontière de l’Ukraine. J’avais beaucoup de mal à me représenter la France, l’Europe. Autour de moi, beaucoup de gens avaient pour but de partir, mais je ne comprenais pas. Je me disais : « Tout va bien chez nous, pourquoi aller voir ailleurs ? » Quand je suis arrivé ici, je me suis dit qu’effectivement « on peut mieux faire ». L’économie est bien plus développée et le niveau de vie plus élevé, la population bénéficie d’une meilleure protection sociale.

Surtout j’ai l’impression, et ça me plaît, que le travail y est davantage valorisé. Il n’y a pas de métier déconsidéré. Même les éboueurs, les employés de la voirie, les chauffeurs de bus, les coiffeurs… En Ukraine, quand je travaillais comme électricien, je n’étais pas très bien vu. Ici, c’est un métier reconnu et recherché, m’a-t-on dit. En Ukraine, j’avais commencé à apprendre la programmation, mais je pense qu’il me sera plus facile de me remettre à niveau dans le domaine de l’électricité. D’autant que j’ai déjà une proposition de travail à partir de septembre : la piscine proche de chez nous cherche quelqu’un pour la maintenance.

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via LeMonde

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