Face à la crise énergétique et à Moscou, le soutien de l’Union européenne est réclamé par l’Ukraine

Le Nord Stream 2, gazoduc d’une capacité de 55 milliards m3 annuels, est terminé et son remplissage a débuté la semaine dernière.

Le gazoduc de la discorde. En pleine crise énergétique mondiale qui renforce la main du géant gazier russe et alors que le cours de l’or bleu s’envole, Kiev redoute que les Européens accélèrent la mise en service d’un gazoduc russo-allemand, le Nord Stream 2, qui permettrait d’alimenter l’Europe en contournant l’Ukraine, privant au passage ce pays de lucratifs droits de transit. L’Ukraine a demandé, mardi 12 octobre, lors d’un sommet avec l’Union européenne (UE), plus de soutien pour défendre ses intérêts face à Moscou,

Le Nord Stream 2, gazoduc d’une capacité de 55 milliards mannuels, est terminé et son remplissage a débuté la semaine dernière. Il n’attend plus que le feu vert d’un régulateur allemand. Pour afficher leur soutien à ce pays affaibli depuis 2014 par l’annexion russe de la Crimée et une guerre avec des séparatistes prorusses, les dirigeants du Conseil européen Charles Michel et de la Commission européenne Ursula von der Leyen se sont rendus mardi à Kiev pour y rencontrer le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

« La sécurité énergétique est cruciale » »

Nord Stream 2 « pose de nouveaux défis à l’Ukraine qui s’ajoutent à ceux qui existaient déjà », s’est plaint M. Zelensky lors d’une conférence de presse à l’issue de ce sommet. « La sécurité énergétique est cruciale pour l’indépendance de l’Ukraine (…). Il est nécessaire de développer une vision commune à long terme de la sécurité énergétique de l’Europe », a-t-il ajouté.

M. Michel et Mme von der Leyen ont à plusieurs reprises affirmé « comprendre les préoccupations » de l’Ukraine et promis de « renforcer la coopération ». L’UE et Kiev « étudient différents scénarios pour garantir un approvisionnement suffisant à l’Ukraine » qui « est et doit rester un pays de transit fiable », a affirmé Mme von der Leyen. Elle a notamment évoqué la possibilité de se coordonner sur la question des stocks de gaz et même d’approvisionner l’Ukraine depuis la Slovaquie voisine, « si nécessaire ».

La construction du tube russo-allemand menace de priver l’Ukraine, pays parmi les plus pauvres d’Europe, d’environ un milliard d’euros par an touchés pour le transit du gaz russe par son territoire. Pour ses détracteurs au sein de l’UE, ce tube va accroître la dépendance européenne à l’égard de Moscou qui s’en servira comme d’une arme géopolitique. Le Kremlin est déjà soupçonné par certains d’alimenter l’actuelle flambée des prix, en n’ouvrant pas davantage les vannes, afin d’accélérer la mise en service de ce gazoduc.

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« Vous pouvez compter sur l’UE »

La Russie a nié tout rôle dans cette crise et a assuré vouloir stabiliser les cours. Ce sont les pays européens qui « ont fait des erreurs » en privilégiant les achats comptants aux contrats à long terme, a taclé la semaine dernière le président russe, Vladimir Poutine. Le chef d’Etat russe a néanmoins promis de ne pas mettre Kiev « dans une position difficile » en coupant le robinet. Mais ces propos sont loin de rassurer l’Ukraine, qui craint que la Russie, outre la Crimée, nourrisse des ambitions territoriales supplémentaires.

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« Vous pouvez compter sur l’UE » pour appuyer Kiev, a souligné mardi M. Michel. « De manière répétée et constante, nous condamnons l’annexion illégale de la Crimée », a-t-il ajouté. Cependant, au-delà d’un soutien verbal, l’Ukraine espère une accélération de son processus d’adhésion à l’UE et à l’OTAN.

De leur côté, les Européens réclament à Kiev davantage d’efforts en matière de réformes, notamment de son système judiciaire, notoirement corrompu. Or celles-ci traînent depuis des années. Mme von der Leyen a salué mardi le « chemin parcouru », mais appelé à « rester concentré sur les réformes », lutter contre la corruption et réduire l’influence des oligarques. « Il est clair que nous marchons dans la même direction, mais où est la ligne d’arrivée ? Y en a-t-il seulement une ? », s’est impatienté M. Zelensky.

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Le Monde avec AFP

via LeMonde

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