Face à la crise sanitaire, la complicité retrouvée des banques et de l’Etat

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Publié aujourd’hui à 17h00

Façade de la Banque de France ,à Paris, le 15 janvier 2020.

Ce mardi 1er décembre 2020, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, se rend sur le plateau de LCI pour régler quelques comptes avec les assureurs, accusés de ne pas prendre leur part dans la crise sanitaire. En revanche, il « constate qu’avec les banquiers, nous avons trouvé des accords sur tous les sujets », et cite l’exemple du report du remboursement des prêts garantis par l’Etat (PGE). « C’est rare qu’un ministre des finances rende hommage aux banques », s’étonne-t-il lui-même.

L’Etat et les banques ont toujours travaillé en osmose, dans un mélange d’intérêts bien compris. Leurs relations complexes ont connu dans l’histoire récente quelques sérieuses convulsions. La crise financière de 2008, en particulier, a dressé le pouvoir contre son allié naturel. Mais la crise sanitaire est l’occasion pour les banques, dont la réputation s’est durablement abîmée dans l’opinion, de redorer leur image.

« Partenaires loyaux »

« Les banques françaises ont bien traversé la crise, elles ont continué à financer l’économie, elles ont été des partenaires loyaux dans la mise en œuvre des prêts garantis par l’Etat », salue Emmanuel Moulin, le directeur général du Trésor, cette administration rattachée à Bercy, chargée notamment d’élaborer et de mettre en œuvre la politique de régulation du secteur financier. « Il faut avoir en tête que la loi de finance rectificative créant les PGE date de mi-mars 2020 et que le premier PGE a été accordé le 24 mars, poursuit-il. Donc cette capacité à mobiliser un secteur est totalement exceptionnelle. »

Lire aussi Fonds de solidarité, prêts garantis par l’Etat : les mesures annoncées en soutien aux entreprises

« Dans la crise précédente, les banques étaient du côté des problèmes, cette fois elles sont du côté des solutions », renchérit François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France et président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le « gendarme » des banques. Comme l’a montré la distribution de plus de 130 milliards d’euros de PGE à plus de 650 000 petites entreprises françaises, les banques n’ont jamais été aussi essentielles. « La banque, c’est le sang de l’économie », résume le dirigeant d’un grand groupe bancaire. Et pourtant, cette utilité redécouverte masque de grandes fragilités.

Parmi les signaux d’alerte, le déclassement des champions tricolores dans les activités de banque de marché en Europe, au profit des firmes de Wall Street. Au Trésor, on s’inquiète de la capacité des établissements français à être des concurrents crédibles des banques américaines. « La part de marché des banques américaines atteint 47 % sur les marchés de capitaux européens, contre 38 % pour les banques européennes, constate Emmanuel Moulin. L’écart s’est creusé au cours des trois dernières années. »

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via LeMonde

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