« Face à la guerre, il ne faut pas décevoir les aspirations d’adhésion à l’Union européenne »

L’invasion de l’Ukraine peut-elle faire changer le logiciel français sur l’élargissement européen ? La France a souvent eu un problème avec cette extension de l’Europe. On se souvient de la phrase cinglante de Jacques Chirac, en 2003, sur les pays d’Europe centrale candidats à l’Union européenne (UE) qui ont « manqué une bonne occasion de se taire » après leur soutien à la guerre américaine contre l’Irak. En octobre 2019, Paris avait mis son veto aux négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord et de l’Albanie (avant de les accepter quelques mois plus tard).

Quand Emmanuel Macron, le 9 mai, à Strasbourg, souhaite la création d’une « communauté politique européenne » pour les pays qui ne sont pas membres de l’Union européenne, il se place dans la filiation du projet de confédération politique européenne lancé par François Mitterrand fin 1989. L’épisode, mort-né, n’a pas laissé de bons souvenirs à ces anciens pays de l’Est sortant à peine du communisme et qui craignaient d’être relégués dans une antichambre européenne pour des décennies, d’autant que la Russie de Gorbatchev devait y être associée.

Les quinze ans d’attente avant d’intégrer, en 2004, la famille européenne ont laissé dans cette partie de l’Europe des traces qu’on voit apparaître à l’occasion de la guerre en Ukraine. L’invasion russe conforte Varsovie et d’autres pays d’Europe centrale – à l’exception de la Hongrie – qui ont, à juste titre, le sentiment d’avoir eu raison dans leur jugement hostile sur Moscou, quand Paris et Berlin se montraient plus conciliants. Ils plaident pour une adhésion rapide de Kiev à l’UE, quand Macron rappelle, à Strasbourg, que la procédure pourra durer « sans doute plusieurs décennies ».

« Entrés dans la famille »

En attendant, Emmanuel Macron propose une « organisation européenne nouvelle [qui] permettrait aux nations européennes démocratiques adhérant à notre socle de valeurs de trouver un nouvel espace de coopération politique, de sécurité, de coopération en matière énergétique, de transport, d’investissements, d’infrastructures, de circulation des personnes et, en particulier, de nos jeunesses ».

Le président français assume l’idée d’une Europe à plusieurs vitesses : « Elle existe déjà », constate-t-il, à Strasbourg. D’un côté, une « avant-garde » poursuivrait sa marche en avant européenne, sur l’euro, Schengen ou la défense européenne ; au milieu, l’ensemble des Vingt-Sept continuent à prendre des décisions communes, si possible en assouplissant la règle de l’unanimité pour éviter les blocages d’un pays qui exerce son veto ; et, enfin, cette « communauté politique », qui regrouperait l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, mais aussi les pays des Balkans qui lanternent depuis plusieurs années dans l’antichambre de l’UE, voire, a indiqué M. Macron, ceux qui ont quitté l’Union et voudraient garder une partie de leurs racines européennes, comme une pique lancée au Royaume-Uni de Boris Johnson.

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via LeMonde

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