Face à la menace militaire chinoise, Taïwan fait le choix de la guerre asymétrique


Un soldat montre le maniement d’un lance-roquettes antichars devant la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, au quartier général de la police militaire à Taipei, le 26 mai 2020.

C’est un ballet bien rodé pour les chasseurs de l’armée de l’air taïwanaise : quand les avions chinois approchent de la « ligne médiane », équidistante des deux rives du détroit de Taïwan, ils décollent en urgence pour renvoyer les avions ennemis côté continent.

Jeudi 4 août, en réaction à la visite à Taipei de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, vingt-deux avions de combat chinois ont fait des incursions rapides du côté taïwanais de cette ligne fictive, longtemps respectée par les deux armées pour éviter les incidents. Depuis deux ans, ces incursions sont tellement nombreuses que décoller à chaque fois épuise les pilotes et le matériel, au point que les Taïwanais ne réagissent plus systématiquement à ces provocations. A la place, ils se contentent de suivre les appareils chinois depuis le viseur de systèmes de missiles antiaériens.

Ces deux types de réponses au harcèlement de l’aviation chinoise illustrent le dilemme qui se présente à la défense taïwanaise : investir dans des outils conventionnels – avions de chasse, frégates, pour des milliards de dollars – ou s’équiper d’armes plus légères et moins chères, qui peuvent être installées tout autour de l’île, plus petite que les Pays-Bas. Ces deux stratégies répondent à des objectifs différents : faut-il défendre la souveraineté de l’île en repoussant les appareils chinois, ou tolérer des incursions aériennes pour se concentrer sur la défense contre une tentative d’invasion éventuelle ?

Le débat a cours depuis quelques années, mais la guerre en Ukraine a renforcé les partisans de la stratégie dite « du porc-épic » : comme l’expression le suggère, il s’agit de rendre la capture trop douloureuse pour décourager le prédateur.

Disproportion des budgets militaires

D’autant que le fossé se creuse rapidement entre les forces chinoises, toujours plus puissantes, et la petite armée taïwanaise. « Nous essayons de voir les leçons à tirer de la guerre en Ukraine pour nous défendre », remarquait récemment le ministre taïwanais des affaires étrangères Joseph Wu lors d’une interview à CNN. La capacité de résistance des Ukrainiens face à un adversaire plus puissant aurait ainsi définitivement convaincu Taipei des avantages du concept de guerre dite « asymétrique ». La « République de Chine » (nom officiel de Taïwan) a ainsi investi dans l’acquisition de missiles de croisière antinavires, de missiles terre-air et de mines sous-marines.

Certains experts estiment que se doter d’armes lourdes n’est pas le bon choix pour Taïwan, dont le budget militaire de 11 milliards de dollars (10,8 milliards d’euros) est sans commune mesure avec celui de la Chine, qui prévoit d’y consacrer officiellement 230 milliards de dollars en 2022 – et bien plus selon nombre de spécialistes, qui estiment que Pékin cache une partie de ses dépenses.

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via LeMonde

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