Face à l’Iran, Israël craint l’attentisme de Joe Biden


Le premier ministre israélien, Yaïr Lapid, prend la parole au début de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, dimanche 10 juillet 2022.

Pour le premier ministre israélien, Yaïr Lapid, la visite de Joe Biden, le 13 juillet, est l’occasion de célébrer une entente sans nuages avec le président démocrate. Mais, une fois les portes closes, les deux hommes devront aborder un désaccord capital, sans grande chance de le résoudre. Israël considère que son allié échoue à le protéger d’une menace existentielle, alors que le programme nucléaire iranien approche le seuil militaire.

M. Biden se refuse à signer l’acte de décès des négociations qu’il a lancées en avril 2021, afin de ranimer l’accord international de 2015 censé encadrer le programme iranien (JCPoA). Or ces pourparlers ont cessé de ralentir les progrès de Téhéran. Au contraire : depuis l’automne, la République islamique d’Iran s’affranchit des contraintes qui pesaient sur son programme nucléaire, au grand dam des négociateurs qui exhortent Téhéran, de manière incantatoire, à revenir au plus vite dans l’accord. L’échec de la dernière session de tractations, en juin à Doha, a suscité la consternation d’Israël, qui se demande combien de temps Washington peut encore prétendre y croire.

L’Etat juif rappelle que les premières contraintes fixées par ce texte seront automatiquement levées en 2025, c’est-à-dire demain. Il exhorte son grand allié à saisir le Conseil de sécurité des Nations unies et à préparer l’usage de la force militaire. Dialogue de sourds. « M. Biden ne peut se résoudre à précipiter une crise, relève un diplomate européen. Si son administration n’a jamais défini de “plan B”, c’est qu’elle n’en a pas. » Un gouffre s’ouvre devant lui.

« Le “breakout” est atteint »

L’envoyé spécial de Washington pour l’Iran, Robert Malley, dont la posture d’ouverture exaspère Israël depuis le premier jour, demeure comptable d’une promesse de campagne – effacer le retrait du « deal » décrété par Donald Trump en 2018 –, alors que les élections de mi-mandat s’annoncent en novembre. Les Européens eux-mêmes envisagent des sanctions accrues contre le programme nucléaire et l’influence régionale de l’Iran. Mais M. Biden craint de transmettre le dossier au Conseil de sécurité.

Il se mettrait à la merci de Moscou et de Pékin, qui assurent la survie de Téhéran en achetant son pétrole, en dépit des sanctions américaines. Un blocage au Conseil laisserait au président Joe Biden peu d’options, tandis que la machine militaire américaine est accaparée par son soutien à l’Ukraine.

« Les Iraniens ont atteint une position dont ils ne pouvaient que rêver, estime Yoav Rosenberg, ancien analyste du renseignement militaire israélien. Si vous remontiez le temps et annonciez à n’importe quel négociateur, en 2015, que l’Iran enrichit aujourd’hui de l’uranium à 60 %, qu’il fait tourner des centrifugeuses avancées et expérimente avec l’uranium métal, il vous dirait que c’est fini, le “breakout” est atteint : l’Iran peut se doter d’assez de matériel fissile pour fabriquer une bombe. » Il faudrait désormais de deux à quatre semaines à Téhéran pour enrichir une quantité d’uranium (à 90 %) suffisante pour se doter d’une arme nucléaire, selon les estimations concordantes d’Israël, de Washington et des Européens.

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via LeMonde

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