Facebook, accélérateur de la crise migratoire biélorusse

Des migrants chargent leurs smartphones aux abords d’un camp installé par des militaires biélorusses et des secouristes à la frontière près de Grodno, en Biélorussie, le 13 novembre 2021.

L’administrateur de l’une des nombreuses pages Facebook qui promettent aux candidats à l’immigration un accès sûr à l’Europe a été prompt à réagir, mercredi 24 novembre. Moins de vingt-quatre heures après avoir posté un message sur le réseau social pour faire venir quelqu’un d’Irak, des numéros de téléphone nous ont été fournis. Et un contact établi avec un réseau de passeurs du Kurdistan irakien.

Au téléphone, l’interlocuteur – nous l’appellerons Soran – est intraitable sur les tarifs, non négociables quel que soit l’âge du « client » : « Si tu vises la France ou l’Allemagne, il faut compter 14 000 dollars [12 460 euros] pour un visa Schengen. » Le tarif baisse pour la route croate, un pays qui n’a pas encore rejoint l’espace de circulation européen : 6 000 dollars pour un visa, quelques nuits « prises en charge », puis un passage clandestin en Italie. Rendez-vous est pris dans un bureau du « marché des dollars », un haut lieu des trafics de Souleimaniyé, une capitale provinciale du Nord irakien. « Il vient avec l’argent et son passeport, on s’occupe du reste. »

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De la Biélorussie, où des milliers de migrants kurdes irakiens se massent dans un froid glacial à la frontière polonaise, il n’est plus question. « On a changé la route, la Biélorussie n’est plus sûre », assure Soran avec aplomb. Sa page Facebook fait partie de la vingtaine de pages identifiées par Le Monde qui proposent leurs services aux migrants kurdes irakiens. Si Soran promet des « chemins » qu’il jure moins périlleux que la Biélorussie, nombreux sont ceux qui continuent à insuffler de faux espoirs aux migrants en instance de départ. Ou à ceux qui, bloqués à la frontière polonaise, sont de nouveau la proie de la nuée de passeurs qui opèrent au vu et au su des autorités biélorusses.

Rôle de centre de coordination

Accusé d’avoir délibérément provoqué la crise, en représailles aux sanctions de l’Union européenne, en poussant des milliers de migrants vers les frontières lituanienne et polonaise, le régime d’Alexandre Loukachenko a pu compter sur la fonction virale des réseaux sociaux quand il a ouvert l’accès à son territoire aux candidas à l’exil en distribuant des milliers de visas.

« Il y a de très nombreuses agences de voyages qui proposent des “packages” pour la Biélorussie, avec un visa » Amin, Kurde irakien bloqué en Biélorussie

« Comment l’une des dictatures les plus répressives au monde a-t-elle réussi à attirer des milliers de migrants, principalement irakiens et syriens, dans le pays, en leur donnant de fausses assurances quant à leur passage en Europe ? », fait mine de s’interroger la société d’analyse Semantic Visions, en introduction d’un rapport publié le 22 novembre.

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via LeMonde

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