Frederik De Klerk, ancien président sud-africain et figure de la fin de l’apartheid, est mort

Frederik Willem De Klerk au Parlement, au Cap, le 10 mai 2004.

Le dernier président blanc d’Afrique du Sud (1989-1994), qui a mis fin au régime de l’apartheid avec Nelson Mandela, est mort, jeudi 11 novembre, à l’âge de 85 ans. « C’est avec la plus grande tristesse que la Fondation FW De Klerk annonce la mort de l’ancien président FW De Klerk, parti paisiblement, à son domicile de Fresnaye ce matin après avoir lutté contre un cancer », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

Frederik Willem De Klerk naît le 18 mars 1936 à Johannesburg, capitale économique de l’Afrique du Sud. Sa famille est ultraconservatrice. Son grand-père est l’un des fondateurs du Parti national en Afrique du Sud, qui mit en place le régime de l’apartheid à partir de 1948. Son père, Jan, est ministre à plusieurs reprises dans les années 1950 et 1960.

Après des études dans un lycée de la banlieue de Johannesburg, le jeune Frederik suit un cursus en droit à l’université de Potchefstroom, dont il sort diplômé en 1958. Il devient alors avocat à Vereeniging, une ville du Transvaal (aujourd’hui intégrée à la province du Gauteng). En 1959, il épouse Marike Willemse, avec laquelle il élèvera trois enfants. Le couple divorcera en 1998.

Il se lance en politique en 1972 en se présentant aux législatives à Vereeniging. Il est aisément élu député, bénéficiant de l’appui du premier ministre John Vorster, un ami du père de Frederik. Son ascension est alors rapide. En 1978, il devient ministre des affaires sociales.

Le pays est en pleine ébullition après les émeutes de Soweto, en 1976, qui ont été réprimées dans le sang. Mais M. Vorster durcit encore l’apartheid, ce qui conduit à des sanctions internationales.

Frederik De Klerk occupe des postes ministériels stratégiques dans les gouvernements de Pieter Botha, successeur de M. Vorster en 1978, comme celui des mines et de l’énergie. En janvier 1989, M. Botha, devenu président, est victime d’une attaque cérébrale. Affaibli par la maladie et désavoué par le Parti national, il démissionne. Lors de son mandat, la situation économique et politique du pays s’est fortement dégradée.

La fin de l’apartheid

De Klerk devient président de l’Afrique du Sud. Il doit alors agir et conduire des réformes significatives, alors qu’il a la réputation d’être un conservateur. Le pays est affecté par les sanctions économiques qui se sont progressivement intensifiées depuis les années 1980 et par la mobilisation sociale qui conteste de plus en plus l’apartheid. Il prend alors des mesures d’une portée historique. Il fait lever l’état d’urgence qui était en vigueur depuis 1985. Les leaders du Congrès national africain (ANC), qui veulent la fin de l’apartheid, sont libérés, dont Nelson Mandela, le leader historique du mouvement, le 11 février 1990, après une incarcération qui a duré vingt-sept ans.

Plus de 30 partis non blancs sont légalisés, dont l’ANC et le Congrès panafricain (PAC), une branche dissidente de l’ANC. Frederik De Klerk, qui engage des négociations avec l’ANC, est confronté aux extrémistes afrikaners, qui refusent de perdre leurs terres et leurs privilèges, et aux réticences du Parti de la liberté Inkatha, le parti zoulou du Natal, qui combat l’ANC. Ces affrontements feront 20 000 morts en deux ans.

Les négociations sont cependant relancées au sein d’une Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Codesa), à laquelle participent l’ensemble des acteurs de la scène politique, à l’exception du PAC et de l’extrême droite.

Les électeurs blancs approuvent massivement par référendum, en mars 1992, les réformes que mène le président De Klerk, ce qui le conforte dans la poursuite des négociations avec Mandela et son camp. Après onze mois d’arrêt, elles reprennent en avril 1993, malgré la montée des violences dans le pays. Elles prévoient des élections multiraciales et démocratiques en avril 1994.

Nelson Mandela et Frederik De Klerk, le 10 décembre 1993, à Oslo, lors de la cérémonie de remise conjointe du prix Nobel de la paix.

Ces progrès spectaculaires valent à De Klerk et Mandela le prix Nobel de la paix en 1993. Et les sanctions économiques sont progressivement levées.

« Oublié dans son propre pays »

En avril 1994, l’ANC gagne les premières élections multiraciales du pays, avec 62,65 % des suffrages. Le nouveau Parlement élit Mandela président du pays. Il est assisté de deux vice-présidents, Thabo Mbeki (ANC) et Frederik De Klerk. Ce dernier quitte le gouvernement d’unité nationale deux ans plus tard, estimant que les intérêts de la minorité blanche ne sont plus assurés. Puis, en 1997, il quitte la direction du Parti national, avant d’annoncer, le 26 août 1997, qu’il se retire de la vie politique. Il s’installe alors dans sa ferme avec sa nouvelle épouse, Elita.

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L’image de l’ancien président s’est largement détériorée dans l’opinion publique, surtout avec le début des auditions de la Commission vérité et réconciliation, chargée de faire la lumière sur les crimes de l’apartheid. Elles montrent que M. De Klerk a pris part au fonctionnement du régime oppressant la majorité noire. Surtout, il n’a jamais exprimé de repentir et se refuse à reconnaître la moindre responsabilité personnelle.

En 1999, il lance la fondation FW De Klerk, dont l’objectif est de promouvoir et de préserver l’héritage présidentiel de l’ancien leader de la lutte contre l’apartheid, et notamment de favoriser la paix dans les Etats multicommunautaires. Cette année-là, il publie son autobiographie The Last Trek. A New Beginning (Macmillan, Londres, non traduit).

M. De Klerk est aussi le président de la Global Leadership Foundation, établie en 2004, dont la mission est de fournir des avis aux chefs de gouvernement sur des questions les concernant. Il effectue aussi des conférences dans le monde entier pour promouvoir les relations harmonieuses dans les sociétés multiculturelles.

Mais, en Afrique du Sud, M. De Klerk est peu écouté. « C’est un peu notre Gorbatchev à nous, il est encensé à l’étranger, mais oublié dans son propre pays », soulignait une chercheuse dans Le Monde, le 4 novembre 2011.

Dates

18 mars 1936 – Naissance à Johannesburg

1958 – Diplômé en droit de l’université de Potchefstroom

1972 – Elu député

1978 – Ministre des affaires sociales

1989-1994 – Président de l’Afrique du Sud

11 février 1990 – Nelson Mandela libéré

1993 – Prix Nobel de la paix avec Mandela

1994-1996 – Co-vice-président de l’Afrique du Sud

26 août 1997 – Annonce de son retrait de la vie politique

1999 – Lancement de la fondation FW De Klerk

2021 – Mort, à 85 ans, à son domicile de Fresnaye

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via LeMonde

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