Gazprom réduit de 40 % ses livraisons par le gazoduc Nord Stream 1


A Lubmin, en Allemagne, en novembre 2011.

Est-ce un premier signe d’une coupure inopinée du gaz de la part de Moscou, scénario extrêmement redouté par l’économie européenne ? La pression est en tout cas montée d’un cran, mardi 14 juin, quand Gazprom a annoncé une réduction de 40 % des livraisons via le gazoduc de la mer Baltique Nord Stream 1. Officiellement pour des raisons techniques : le groupe Siemens n’aurait pas livré à temps des pièces en réparation, nécessaires au bon fonctionnement de la station de compression de Portovoïe, près de la ville de Vyborg, au départ du pipeline en Russie.

Le groupe Siemens Energy a confirmé, mardi, que les pièces réclamées par Gazprom avaient bien subi des réparations et ne pouvaient être livrées en raison des sanctions imposées par les pays occidentaux contre la Russie. Il s’agit d’une turbine, qui a été remise en état au Canada, mais ne peut quitter le pays pour l’instant. Les gouvernements de Russie et du Canada sont actuellement en pourparlers pour trouver une solution. Mais si l’argument technique est confirmé, est-il suffisant pour justifier une telle baisse des livraisons, alors que d’autres gazoducs pourraient compenser la baisse de capacité de Nord Stream 1 ? Ou s’agit-il d’une nouvelle manœuvre de Moscou pour accentuer la pression sur l’Europe et faire grimper les prix ?

Le gazoduc Nord Stream 1 est le principal vecteur de livraison du gaz vers l’Allemagne, qui dépend encore à 35 % de la Russie pour son approvisionnement. Actuellement, a précisé Gazprom, seuls 100 millions de mètres cubes de gaz par jour peuvent encore circuler via le gazoduc, contre 167 millions habituellement. A Berlin, le ministère de l’économie a réagi mardi, précisant que l’approvisionnement en gaz du pays continuait d’être assuré. Ce qu’a confirmé, dans la soirée, l’Agence nationale des réseaux. L’autorité, qui prépare le pays à d’éventuelles pénuries depuis le déclenchement du premier niveau d’alerte sur les approvisionnements au mois de mars, avait déjà averti que de possibles interruptions pourraient survenir en raison de travaux de maintenance pendant l’été.

Cinq fois plus élevé qu’en 2021

D’ores et déjà, l’annonce de Gazprom a fait redécoller les prix du gaz. Mardi, les cours européens ont brièvement franchi de nouveau la barre des 100 euros le mégawattheure, pour s’établir ensuite autour de 97 euros. Soit une hausse de 16 % par rapport à la veille, et un montant presque cinq fois plus élevé qu’en 2021, à la même période de l’année.

Pour Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du centre Energie & Climat de l’Institut français des relations internationales (IFRI), il fait peu de doute que Moscou cherche à profiter de la situation : jusque-là, « dès que les prix du gaz baissent, ou que l’Union européenne décide de mesures contre la Russie – sanctions, embargo, livraison d’armes –, les Russes jouent l’escalade sur le gaz pour réduire les livraisons et faire remonter les prix ». « Tous les acheteurs européens doivent se préparer à une baisse de 25 % de leurs importations, même s’ils ont payé en roubles », estime Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de ce marché.

Il vous reste 28.6% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess