Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue : « Avoir connu la guerre m’a rendue intolérante à toute forme de violence »

La docteure Ghada Hatem-Gantzer, médecin-cheffe de la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 19 mai 2020.

Chaque jour, à la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), quatre-vingts femmes sont accueillies, écoutées et soignées pour des cas de violences conjugales, familiales ou sexuelles. La fondatrice de ce lieu, devenu une référence en France, est Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue-obstétricienne franco-libanaise. Elle est aujourd’hui une figure de la lutte contre les violences faites aux femmes, autant en matière de prévention que de guérison.

Née à Beyrouth dans une famille chrétienne, celle qui se considère comme une « survivante » a grandi avec la guerre civile qui frappait alors son pays. Elle a ensuite suivi ses études de médecine à Paris. Son histoire et son identité biculturelle, ses convictions féministes et les raisons de son engagement, elle les raconte dans son ouvrage Aux pays du machisme ordinaire (Editions de l’Aube, 2020).

Son dernier livre, Le Sexe et l’amour dans la vraie vie (First, 2020), illustré par Clémentine du Pontavice, est un manuel d’éducation à la sexualité à destination des jeunes adultes, dans lequel elle aborde sans tabou et dans une perspective féministe les thèmes de l’amour et du plaisir, du consentement, de l’homosexualité, de la virilité et de la féminité…

Pour Le Monde, elle revient sur ses années fondatrices, entre la fin de son enfance et le début de sa carrière médicale.

Quels souvenirs gardez-vous de vos premières années au Liban ?

Je suis née en 1959. Mon enfance, c’est d’abord la guerre. J’étais un peu cassée et écorchée, comme tous les enfants de ma génération. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai vécu avec les attaques aériennes permanentes, les couvre-feux, le papier bleu collé aux fenêtres pour rester caché. Je n’allais plus à l’école et j’avais peur. J’ai développé des intérêts et des compétences différents des autres enfants. Par exemple, j’ai appris à tricoter. En lisant la revue Salut les copains que j’arrivais à récupérer chez le buraliste en face de chez moi, je me disais : « Y’en a qui ont une sacrée vie, mais ce n’est pas la mienne ! »

« J’ai saisi très tôt l’importance de l’autonomie, de faire un métier que l’on choisit, sans se laisser imposer quoi que ce soit par les autres »

De mon adolescence, je retiens surtout l’émulation intellectuelle du lycée français de Beyrouth. Là-bas, j’ai été biberonnée à la littérature française. Nous étudiions l’esprit des Lumières ou le mouvement de Mai 68. C’était très excitant, j’ai eu des échanges passionnants avec mes professeurs, de jeunes Français détachés qui avaient choisi de ne pas faire leur service militaire pour enseigner à l’étranger. Ils étaient très cultivés et inspirants.

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via LeMonde

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