Guerre de l’information, provocations : en Moldavie, la pression des prorusses s’accroît


Un soldat russe posté à la frontière entre la Moldavie et la Transnistrie, le 6 mai 2022.

Disposés en épi, des blocs de béton entravent la chaussée. Des sacs de sable ceinturent un checkpoint, veillé par un militaire cagoulé de noir, une kalachnikov à la main ; d’autres s’entassent sur un rond-point. Depuis quelques jours, ce dispositif est apparu à l’entrée de Tiraspol, la « capitale » de la Transnistrie vers laquelle convergent tous les regards depuis qu’un général russe, Roustam Minnekaïev, a laissé entendre, le 22 avril, que la seconde phase de « l’opération spéciale » déclenchée par Moscou en Ukraine consisterait à s’emparer de tout l’arc sud du pays, d’est en ouest, en partant du Donbass jusqu’à cette enclave moldave complice.

Prorusse, la Transnistrie s’est séparée de la Moldavie à la chute de l’URSS, il y a trente ans, amputant ainsi ce petit pays de moins de 3 millions d’habitants d’une partie de son territoire, lui-même enserré entre l’Ukraine et la Roumanie. D’un côté, on parle russe ; de l’autre, la langue officielle est devenue le roumain. Deux mondes.

Franchir le poste-frontière de la Transnistrie, sur la rive gauche du Dniestr, revient en effet à voyager dans le temps. La faucille et le marteau figure toujours sur l’emblème local, un drapeau à trois bandes verte-rouge-verte, la Pravda s’étale en vitrine dans les kiosques à journaux comme son ancêtre soviétique, et une immense statue en granit rose de Lénine trône devant le siège du gouvernement. Le rouble, ou du moins une curieuse version avec des pièces en plastique, sert de monnaie. La Russie est ici chez elle. Ses forces armées, aussi.

Ses soldats, visibles à certains barrages routiers, font partie du Groupe opérationnel des forces russes en Transnistrie (GOTRT) qui a succédé à la 14e armée soviétique après la guerre fratricide de 1990 entre frères ennemis moldaves. Cette présence devenue permanente, à moins de 80 kilomètres de Chisinau, la capitale de la Moldavie, nourrit aujourd’hui les plus vives appréhensions.

Tirs de roquettes, drones et messages menaçants

Trois jours après les déclarations du général Minnekaïev, une série d’incidents a contribué à faire monter la pression. Des tirs de roquettes RPG ont d’abord visé, en plein jour, un bâtiment du ministère de la sécurité publique à Tiraspol. Sur deux étages, les fenêtres soufflées, désormais recouvertes de plaques d’aggloméré, en portent encore les stigmates. Puis deux explosions ont endommagé des antennes radio-télé. Des drones auraient été repérés au-dessus du village de Kolbasna, près de la frontière ukrainienne, où se situe un important dépôt d’armes datant de l’époque soviétique – le plus grand d’Europe, dit-on. Il n’y a jamais ni victime ni interpellation.

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via LeMonde

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