Guerre en Ukraine : à Zaporijia, une rentrée scolaire sous la menace russe

En ce jeudi 1er septembre, jour de rentrée scolaire dans l’Ukraine en guerre, les petits sacs à dos d’écolières d’Olena et Sofiya sont restés toute la journée sur la plage arrière de la voiture de leurs parents, jaune pour l’une, noir pour l’autre. Après deux jours passés sur des routes dangereuses pour parcourir 300 kilomètres depuis leur village, en zone occupée par les Russes, après l’angoisse des interrogatoires aux checkpoints et les bombardements, il est 17 h 30 et elles viennent tout juste d’arriver en zone libre. Autour d’elles, sur le parking de la zone commerciale d’Epicentr, à Zaporijia, dans le sud-est de l’Ukraine, à 30 kilomètres seulement de la ligne de démarcation avec la zone occupée, d’autres Ukrainiens du même convoi sont pris en charge par les ONG et les autorités.

Une inscription mentionne « Enfants » sur le pare-brise arrière d’une voiture garée sur le parking du centre d’accueil des déplacés des territoires occupés, à Zaporijia, en Ukraine, le 1er septembre 2022.

Zaporijia est le point d’entrée obligatoire et unique pour tous les déplacés venant de zone occupée, qu’ils viennent du Donbass, de Crimée ou de Kherson. Olena, Sofiya et leurs parents ont quitté le village de Dmytrivka, dans l’oblast de Kherson, la veille au matin, deux jours après le début de la contre-offensive ukrainienne dans cette région. « La violence des combats a été un des facteurs qui nous a poussés à partir, explique la mère, Nataliya. Mais la principale raison est qu’on avait peur pour nos enfants à cause de la rentrée scolaire. Les Russes voulaient forcer nos filles à intégrer une école russe. Ils nous ont dit que si nous refusions, les enfants seraient placés dans un orphelinat. »

Plusieurs familles de déplacés arrivées ces derniers jours de zone occupée avec qui Le Monde a parlé ont rapporté ces menaces comme l’une des principales raisons de leur fuite. « Si on refusait de mettre notre enfant dans une école russe, dit Denys, arrivé la veille avec sa femme et son fils de 8 ans de Nova Kakhovka, à l’est de Kherson, sur les rives du Dniepr, ils nous mettaient une amende de 40 000 roubles [655 euros], si on refusait une deuxième fois, l’amende montait à 148 000 roubles. Au troisième refus, ils mettaient notre fils dans un orphelinat. »

Refus d’enseigner en russe

La plupart des enseignants refusent de collaborer. Deux d’entre eux ont été arrêtés récemment à Enerhodar, la cité de la centrale nucléaire voisine contrôlée par les Russes. L’un a été relâché, l’autre est toujours en prison. Certains acceptent, pour le salaire. Réfugié depuis deux mois à Zaporijia, le maire de Enerhodar, Dmytro Orlov, gère à distance la rentrée scolaire de ses concitoyens, qu’ils soient en zone occupée ou en zone libre. « L’école que les Russes voulaient ouvrir ce 1er septembre n’a aucun succès, ils ont été obligés de retarder la rentrée. De notre côté, nous lançons notre propre plate-forme en soutien aux élèves restés sur place, afin qu’ils puissent télécharger les cours en ukrainien pour les suivre même si les Russes coupent Internet. »

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via LeMonde

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