Guerre en Ukraine : « C’était une fille de 14 ans, elle avait les yeux injectés de sang et elle m’a dit : “Sauve-moi” »


Konstantin Gudauskas, le 4 mai 2022.

Le 24 février, 5 h 30 du matin. Konstantin Gudauskas est réveillé par des explosions. De son appartement dans la ville de Boutcha (nord de l’Ukraine) donnant sur l’aéroport de Rostov, il voit des hélicoptères russes se poser sur le tarmac. « Je n’en croyais pas mes yeux », explique ce producteur de vidéoclips avant la guerre, qui a des origines kazakhes et lituaniennes. Ce matin-là, il s’est fait du café et a appelé ses amis avec une question : « Qu’est-ce que je dois faire ? » Finalement, une copine lui a demandé d’aller chercher la famille d’un militaire ukrainien important dans une ville du nord. « La Russie recherche cette famille et si elle tombe entre ses mains, cela va faire très mal à l’Ukraine », lui a dit son amie.

Konstantin Gudauskas, âgé de 39 ans, n’a pas hésité. Malgré les bombes, il a rejoint la localité. Il a demandé à la femme enceinte du militaire ukrainien en question et leurs enfants de brûler tous leurs documents, les a pris dans sa voiture et est parti vers Kiev. Sur la route, aux soldats russes qui les ont contrôlés, il a montré ses papiers kazakhs, présentant ses passagers comme les membres de sa propre famille. « J’ai dit aux Russes que j’étais un Kazakh vivant à Kiev et que j’étais allé chercher ma femme et mes enfants et qu’ils n’avaient pas leurs papiers sur eux et cela a marché » , raconte l’homme, rencontré début mai dans Boutcha, alors qu’il distribuait de la nourriture aux habitants, revenus dans la ville détruite.

Recueil crucial de témoignages

Après cette première opération réussie, il a continué les évacuations, jusqu’à la libération de Boutcha, le 30 mars. Ces allers-retours lui permettaient aussi de ramener de la nourriture et des cigarettes aux habitants. L’homme a négocié âprement chaque évacuation avec les soldats russes, jusqu’à mettre parfois sa vie en péril. Aux militaires, il disait : « Mes passagers sont des enfants et des gens âgés. Les enfants ne sont responsables de rien et les vieux n’ont pas beaucoup de temps devant eux. Vous êtes chrétiens, moi aussi. Faites une bonne action. Laissez-nous passer. » En tout, Konstantin Gudauskas a évacué 203 personnes. Parmi elles, le Kazakh a répertorié 173 cas d’agressions sexuelles ou de viols sur les femmes, les hommes et les enfants.

Au domicile de Konstantin Gudauskas, 39ans, originaire de Kazakstan, il a pu, pendant l'occupation russe, sauver des centaines personnes, en traversant les lignes russes grâce à son passeport. Durant les heures de conduites entre les deux fronts, il a entendu, enregistré des témoignages des victimes de viols par les soldats russes et dressé la liste des personnes qu’il a secourues.

La première fois qu’un récit de viol est parvenu à ses oreilles, il n’a pas pu dormir de la nuit. Mais dès le lendemain, il a compris qu’il fallait tout documenter dans cette guerre. L’homme a donc commencé à enregistrer les témoignages des Ukrainiens qu’il évacuait, à photographier les gens qu’il enterrait. Une pratique à laquelle il n’était pas étranger, car avant d’être contraint à l’exil en Ukraine, en 2019, Konstantin Gudauskas a été journaliste et militant des droits humains au Kazakhstan, pays prorusse. Sur sa page Facebook, il s’est mis à relater les sévices subis par les Ukraniens.

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via LeMonde

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