Guerre en Ukraine : « des civils sont utilisés comme des otages » par Moscou


Iryna Verechtchouk, vice-première ministre ukrainienne, à Kiev, le 7 juin 2022.

La vice-première ministre ukrainienne, Iryna Verechtchouk, personnalité en vue de Serviteur du peuple, le parti présidentiel, et habituée des médias, se fait rare désormais. Plus grave, aussi, depuis qu’elle est chargée du dossier sensible des prisonniers de guerre. Pour la première fois, cette femme de 42 ans, dont cinq passés comme officière dans l’armée ukrainienne, évoque le sort des civils ukrainiens détenus en Russie et dans les territoires occupés, y compris des femmes et des enfants non accompagnés.

Quel est l’intérêt, pour Moscou, de détenir des civils ukrainiens dans cette guerre ?

Leur idée de départ était d’utiliser ces civils comme monnaie d’échange contre des prisonniers de guerre russes, en totale illégalité avec les conventions de Genève. J’insiste : il s’agit de personnes qui ne sont ni combattantes ni frappées d’une accusation, mais utilisées exactement comme des otages. C’est du business, en fait. Il s’agit de bénévoles, de journalistes, de militants, de maires de petites villes ou tout simplement de passants raflés dans la rue.

Ces arrestations ont surtout eu lieu dans les régions de Kiev, de Kharkiv, de Tchernihiv et dans le Donbass. Parmi ces détenus civils, nous avons recensé 230 femmes, en plus des 270 militaires femmes capturées. Au début, les Russes ne les mettaient pas sur les listes de prisonniers, ils ne voulaient pas que ça se sache. Nous avons appris leur existence par leurs familles et les premiers Ukrainiens échangés. Elles sont emprisonnées dans les mêmes conditions que les hommes, notamment en ce qui concerne la torture. Elles aussi se font raser la tête.

Les premières civiles échangées redoutaient de rentrer chez elles comme ça, surtout dans les territoires ruraux, où une femme rasée est difficilement acceptée. Une fois, je n’ai pas pu m’en empêcher : j’ai mis leurs photos sur mes réseaux sociaux. Je savais que les Russes seraient furieux. Je leur ai dit : je ne le referai plus, à la condition que vous arrêtiez de raser les femmes.

Quelle latitude avez-vous alors pour négocier la libération de ces civils ?

Nous avons instauré la règle d’échanger des prisonniers militaires contre des prisonniers militaires, des blessés de guerre contre des blessés de guerre, toujours un contre un. Nous ne détenons pas de civils russes, mais j’ai imposé que les nôtres fassent partie, en plus, des discussions. Toute transaction doit également inclure des femmes.

Les Russes, eux aussi, ont besoin de ces échanges. Ils veulent cacher le nombre important d’appelés dans leurs troupes – des jeunes gens de moins de 19 ans, l’âge de mon fils – alors qu’ils prétendent que ce n’est pas une guerre, mais une « opération militaire spéciale ».

Il vous reste 54.59% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess