Guerre en Ukraine : Kharkiv, second fiasco de l’armée russe

Cela faisait quelques jours qu’ils tiraient sur les positions de l’armée russe depuis le village de Vilkhivka. Là, les artilleurs ont reçu l’ordre d’avancer. En attendant que leur vieil automoteur d’artillerie 2S7 Malka s’ébranle, cinq soldats se reposent encore un moment à l’ombre de lilas en fleurs et fument des cigarettes. Un volontaire du coin, qui parcourt l’arrière des lignes de front en jeep, leur distribue des boissons énergisantes. Volodymyr s’essuie les mains après avoir accompli des travaux mécaniques. « On va y aller… jusqu’en Crimée ! », s’esclaffe l’artilleur.

Pour le moment, il n’est nullement question de Crimée, mais la référence à la péninsule qui a été annexée par la Russie en 2014 en dit long sur le moral des troupes et sur leur détermination à vaincre les forces de Moscou, partout dans le pays. Volodymyr et ses camarades font partie des forces ukrainiennes qui mènent actuellement une contre-offensive sur le front nord-est, autour de la ville de Kharkiv.

Des soldats ukrainiens se reposent en attendant la réparation de leur blindé, dans l’oblast de Kharkiv, en Ukraine, le 13 mai 2022.

Après l’échec de l’armée russe dans sa conquête de Kiev, marqué par un retrait militaire des portes de la capitale après cinq semaines de résistance acharnée, la contre-offensive ukrainienne autour de Kharkiv est un second fiasco majeur pour Moscou. Les défenseurs de la deuxième ville d’Ukraine ont, comme ceux de Kiev, vaillamment résisté aux assauts et à deux mois de bombardements. Pis, les forces russes n’ont, cette fois, pas reçu l’ordre de Moscou de disparaître soudainement de la région : là, elles sont vaincues militairement, jour après jour, et renvoyées vers la frontière de la Russie.

La contre-offensive autour de Kharkiv a commencé discrètement au mois d’avril et s’est accélérée, ces dix derniers jours. Une vingtaine de villages ont été libérés. Alors que la frontière avec la Russie la plus proche n’est qu’à 35 kilomètres au nord, en direction de Belgorod, les unités russes ont été chassées jusqu’à 20 kilomètres au nord et 40 kilomètres à l’est. Kharkiv, après plus de deux mois sous le feu, n’est désormais plus pilonnée par l’artillerie russe.

Blindés calcinés

Sur les routes et sentiers de la région, des carcasses de blindés russes témoignent de l’efficacité des opérations militaires ukrainiennes, particulièrement des tirs d’artillerie. Des unités mobiles mènent également des opérations en profondeur, tendant des embuscades. Les abords de Kharkiv sont ainsi parsemés de blindés calcinés et de positions abandonnées.

A Vilkhivka, au bord de la rivière Rohanka, un cadavre de soldat russe gît dans l’herbe, dans la cour du lycée Vilkhrskyi. Le bâtiment a d’abord été occupé par l’armée russe et bombardé par l’artillerie ukrainienne qui défendait Kharkiv. Puis ce sont les forces ukrainiennes qui se sont installées, au cours de leur avancée, dans le gymnase, seule aile du lycée qui n’a pas été dévastée. Elles sont déjà reparties vers le nord. Nul ne sait, parmi les rares habitants qui étaient terrés chez eux, si ce soldat russe a été victime des bombardements ou fait prisonnier et tué plus tard. Un peu plus loin, sur un sentier, c’est le corps d’un civil qui gît dans l’herbe. La cause de sa mort est également un mystère, son corps ne portant nulle trace apparente d’exécution. Ses chaussures lui ont étrangement été enlevées, puis ont été posées à côté du cadavre.

Il vous reste 62.51% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess