Guerre en Ukraine : les intellectuels allemands se déchirent entre pacifisme et soutien militaire


La journaliste allemande Alice Schwarzer, à Berlin, en Allemagne, le 12 novembre 2018.

Les intellectuels sont de retour en Allemagne. Non pas qu’ils aient disparu. Mais cela faisait longtemps qu’ils n’avaient pas occupé une telle place dans le débat public. La raison de leur mobilisation : le feu vert donné par le gouvernement, le 26 avril, pour livrer des armes lourdes à l’Ukraine.

Trois jours après l’annonce de cette décision, vingt-huit personnalités ont publié une « Lettre ouverte au chancelier Olaf Scholz », pour lui demander de faire machine arrière et de « tout mettre en œuvre pour qu’un cessez-le-feu puisse être conclu le plus rapidement possible ». Principal argument mis en avant par les signataires, parmi lesquels figurent la journaliste féministe Alice Schwarzer, le cinéaste et écrivain Alexander Kluge, le comédien Lars Eidinger ou encore les romanciers Romain Seethaler, Martin Walser et Juli Zeh : « La livraison de grandes quantités d’armes lourdes risque de faire de l’Allemagne un cobelligérant, et une réaction russe pourrait alors déclencher la procédure d’assistance mutuelle prévue par le traité de l’OTAN, faisant courir le danger d’une guerre mondiale. »

Dans les heures qui ont suivi la parution de la tribune sur le site d’Emma, le magazine dirigé par Alice Schwarzer, les réseaux sociaux se sont enflammés. L’un des premiers à réagir fut l’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne, Andrij Melnyk. « Ces célébrités, qui veulent priver l’Ukraine d’armes lourdes et permettre ainsi à l’assassin Poutine de bombarder des femmes et des enfants, trahissent le principe du “plus jamais ça”. Aucune leçon tirée de l’histoire. Triste », s’est indigné le diplomate sur Twitter, avant de revenir à la charge, le lendemain, en ciblant nommément Alice Schwarzer : « Votre appel à la capitulation de l’Ukraine prouve que votre féminisme n’est qu’une façade, un fake. Accepter les viols collectifs de femmes par des soldats est du cynisme à l’état pur.»

« Plus jamais ça »

Mercredi 4 mai, l’hebdomadaire Die Zeit a publié une autre lettre ouverte, elle aussi adressée à Olaf Scholz, mais cette fois pour le féliciter au contraire d’avoir décidé, après des semaines d’atermoiements, de livrer des armes lourdes à l’Ukaine, ainsi que pour lui demander de sanctionner plus lourdement la Russie. L’initiateur du texte, l’essayiste Ralf Fücks, est une figure historique des Verts, ce qui en dit long sur la distance qu’ont prise ces derniers vis-à-vis du pacifisme de leurs débuts. Avec les libéraux, les écologistes sont aujourd’hui ceux qui, au sein de la coalition « feu tricolore » du chancelier social-démocrate, poussent en effet le plus pour aider l’Ukraine militairement.

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via LeMonde

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