Guerre en Ukraine : l’ONU en état de « mort cérébrale »

Ce fut un signe de mauvais augure pour les Nations unies. Jeudi 28 avril, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, était dans le bureau du premier ministre ukrainien, Denys Chmyhal, à Kiev, au lendemain d’un entretien, à Moscou, avec Vladimir Poutine, quand deux missiles russes se sont abattus non loin. Le rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation, vide à ce moment-là, a été touché, déclenchant des incendies dans cette rue du centre-ville. Après coup, l’ancien premier ministre portugais s’est dit « choqué » par la frappe, alors que la capitale ukrainienne n’avait pas été ciblée depuis deux semaines, après le retrait des troupes russes des environs de la ville, faute de pouvoir la conquérir. Il a cependant minimisé l’aspect symbolique de l’attaque : « Je ne pense pas que le fait que le secrétaire général est présent ou non soit important ».

Pourtant, la coïncidence est troublante. « Cela en dit long sur la véritable attitude de la Russie envers les institutions internationales, sur les efforts des dirigeants russes pour humilier l’ONU », dénoncera le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, plus de deux mois après le début de l’invasion russe, à l’issue de la première visite en Ukraine du patron de l’organisation, emblème du multilatéralisme. La frappe rappelle alors, vue de New York, une autre attaque russe sur la ville de Lviv, dans l’ouest du pays, le 25 mars, au moment où le président des Etats-Unis, Joe Biden, se trouvait à l’aéroport de Rzeszow, en Pologne, pas très loin, de l’autre côté de la frontière, là où transitent les armements occidentaux acheminés en Ukraine. Les équipes de l’ONU, que ce soit celles qui l’accompagnaient comme celles restées à New York, ont semblé désarmées, quand elles ont appris la nouvelle, soufflées par un tel manque de respect du symbole, mais « pas si surprises que cela », reconnaissait un diplomate, sous le choc. Car l’attaque matérialise le danger mortel menaçant une institution touchée au cœur par le conflit déclenché par un Etat membre du Conseil de sécurité, chargé, en principe, « du maintien de la paix et de la sécurité internationale ».

Délitement possible

Dans la nuit du 24 février, lorsque le Kremlin lance son offensive contre l’Ukraine, l’heure est à l’urgence au siège de l’ONU, à New York. Et, déjà, à l’impuissance. A peine quarante minutes après le début de la guerre, les diplomates se succèdent face aux médias, aux portes de la salle du Conseil, pour exprimer leur indignation. Au micro, ils multiplient les condamnations de la Russie. Le Conseil de sécurité n’a pas connu une telle agitation depuis longtemps. En attaquant l’Ukraine, la Russie a violé de façon flagrante des principes-clés de la Charte des Nations unies, qui sanctuarise la souveraineté et l’intégrité territoriale de ses Etats membres.

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via LeMonde

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