Histoire : Comment la propagande a effacé les juifs soviétiques de la Shoah


Babi Yar, Ukraine – Les 29 et 30 septembre 1941, 33 771 juifs furent fusillés par les nazis et les milices ukrainiennes, et leurs corps jetés dans une fosse.

La propagande poutinienne assène sans relâche que « l’opération spéciale » lancée le 24 février 2022 a pour but essentiel de dénazifier l’Ukraine. Les médias à la solde du Kremlin clament à qui mieux mieux que les Ukrainiens ont été des collaborateurs de l’occupant nazi, qu’ils ont assassiné des « paisibles citoyens soviétiques » et que leurs successeurs actuels perpètrent un « génocide » antirusse dans le Donbass. Stepan Bandera (1909-1959) et les milices nationalistes ukrainiennes, fortes de quelques milliers d’hommes, personnalisent ce supposé fanatisme meurtrier « fasciste ».

Les combattants de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) formée en octobre 1942 ont commis des assassinats de masse… visant en particulier les Polonais (cent mille auraient péri en 1942 et 1943 dans la province de Volhynie) et les juifs du sud-est de la Pologne : les pogroms de Lviv (30 juin-29 juillet 1941) et la terreur semée dans la région de Ternopil et Stanislawow (12 octobre 1941) ont fait des milliers de victimes. C’était l’époque où les nationalistes extrémistes croyaient pouvoir profiter de la défaite soviétique pour refonder un Etat national sous la protection allemande. Las, Bandera, dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-b), a été déporté en janvier 1942 après que la déclaration d’indépendance du 30 juin 1941 a été rejetée par Hitler.

Après 1945, l’historiographie soviétique a érigé Bandera, l’OUN et l’UPA en symboles du « fascisme » autochtone pronazi. Grande a donc été l’émotion en Russie quand, mû par la volonté de trouver des héros nationaux et des causes pour cristalliser l’identité ukrainienne, le pouvoir actuel a réhabilité Bandera et d’autres chefs coupables de crimes de guerre et complices de crimes contre l’humanité. Ce conflit mémoriel entre Russes et Ukrainiens obère le fait que la Shoah a été planifiée par les nazis et pour l’essentiel mise à exécution par des soldats allemands.

C’est le cas, dans la phase juin 1941 – janvier 1942, des fusillades de masse, ou par la suite de l’enfermement dans les ghettos, puis en 1942 de la mise à mort industrielle dans le camp d’extermination de Belzec, en Pologne. Surtout, la situation actuelle découle des ambiguïtés de la mémoire de la Shoah en URSS – tour à tour dénoncée publiquement et omise de l’histoire officielle, tolérée au niveau régional et surtout local, tout en étant réprimée si elle naissait de l’initiative spontanée des simples Soviétiques. Le site de Babi Yar, dans les faubourgs de Kiev, offre un concentré de cette ambivalence lourde de conséquences.

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via LeMonde

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