« Histoire de la Grande-Bretagne », le récit d’une île improbable jusqu’au Brexit

Livre. Depuis la création de la collection « Que sais-Je ? », aux Presses universitaires de France (1941), l’Histoire de la Grande-Bretagne a connu deux auteurs. Paul Nicolle (1884-1951) dès 1944, puis André-Jean Bourde (1921-2000), qui remplaça cette première mouture en 1961. Deux modernistes, l’un spécialiste de la Révolution en Normandie, l’autre de l’agronomie et des agronomes au temps des Lumières.

Avec Jean-François Dunyach, c’est la première fois qu’un universitaire qui s’est consacré aux mondes britanniques – il coanime depuis 2004 un séminaire d’histoire qui fédère Paris et Londres – relève le défi de la synthèse, menée jusqu’au 31 décembre 2020, terme de la « période de transition » de l’après-Brexit.

Lire le récit : Le Brexit, une longue et difficile séparation

Mené avec une sobriété et une précision rarement prises en défaut, l’exposé informe avec un discernement qui écarte tout pittoresque ou goût de l’anecdote. On retient d’entrée que, au paléolithique, le territoire britannique n’est pas forcément une île et que l’insularisation ne fit pas de la Manche un obstacle, mais un axe de circulation d’hommes, d’idées et de biens qui ne se démentit plus. On voit apparaître très tôt les toponymes qui désigneront durablement cet espace (Albion dès le VIe siècle, et le celtique Pritani, transmis par Pythéas dès le IVe avant notre ère).

Déclin inexorable

On mesure les fluctuations linguistiques qui conduisent, dès le XIIe siècle, à un trilinguisme, entre le latin de la chancellerie, le middle english des classes populaires et l’anglo-normand des élites curiales qui fait que la devise de Richard Cœur de Lion comme celle de l’ordre de la Jarretière sonnent français (« Dieu et mon droit » ou « Honi soit qui mal y pense »), jusqu’à l’affirmation de l’anglais avec Geoffrey Chaucer et Henri IV (1399-1413).

Les ruptures confessionnelles et les réorientations commerciales du XVIe siècle, les révolutions politiques du XVIIe, l’affirmation impériale et son apogée quand meurt Victoria (1901)… Rien ne manque, nuances comprises, comme la mention du droit de vote élargi au sortir de la Grande Guerre et son net écart entre les hommes (21 ans) et les femmes (30 ans).

Mais le meilleur tient à l’analyse du déclin inexorable d’une puissance donnée comme pérenne. Les risques d’éclatement perceptibles dès la contestation nationaliste irlandaise (1916), relayée au Pays de Galles (1925) comme en Ecosse (1934), le recul économique, avant comme après la seconde guerre mondiale, et les vagues d’émancipation coloniale qui réduisent le Commonwealth comme peau de chagrin, ne sont compensés que par le maintien du prestige scientifique et culturel (d’Orwell et Tolkien aux Beatles, jusqu’à J.K. Rowling et son Harry Potter).

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via LeMonde

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