« Il est inimaginable que des élections libres et transparentes aient lieu au Nicaragua »

Le journaliste nicaraguayen Carlos Fernando Chamorro, devant les bureaux d’El Confidencial à Managua le 14 décembre 2020. Des policiers ont expulsé de force le journaliste Carlos Fernando Chamorro, alors qu’il tenait une conférence de presse dans les bureaux confisqués deux ans auparavant par le régime du président Daniel Ortega.

Pour la seconde fois en deux ans et demi, Carlos Fernando Chamorro, le directeur des médias nicaraguayens Confidencial et Esta Semana, a été contraint à l’exil, face à la recrudescence de la répression du régime de Daniel Ortega. Lauréat 2021 du prestigieux prix de journalisme Ortega y Gasset, Carlos Chamorro est issu d’une famille de journalistes : son père, Pedro Joaquin Chamorro, opposant à la dictature de la dynastie des Somoza (1937-1979), a été assassiné à Managua en 1978. Sa sœur, Cristiana, a commencé sa carrière en 1979 dans le journal La Prensa dirigé par sa mère, Violeta Barrios de Chamorro. En 1990, cette dernière a emporté la présidentielle contre le chef de l’Etat qui gouvernait depuis 1975, l’ancien héros révolutionnaire sandiniste Daniel Ortega.

Revenu au pouvoir en 2007, M. Ortega a réprimé dans le sang en 2018 une révolte pacifique qui exigeait la fin de son régime « népotiste », faisant plus de 300 morts. Depuis la fin mai, le pays connaît une nouvelle vague d’arrestations d’opposants, dont cinq précandidats à l’élection présidentielle du 7 novembre et onze leaders politiques et civiques. Pour Carlos Chamorro, qui a répondu aux questions du Monde depuis le Costa Rica, le président cherche à éliminer toute concurrence dans le but de se faire réélire.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Nicaragua : les « crimes contre l’humanité » de Daniel Ortega

Pourquoi avez-vous quitté le Nicaragua ?

Ma rédaction a été prise d’assaut par la police le 20 mai, sans aucun ordre judiciaire. C’est la deuxième fois que cela arrive. Lors de la première, en décembre 2018, ils avaient confisqué nos locaux de manière permanente et illégale. J’avais, là encore, dû quitter le pays. Entre le 20 mai et le 25 juin, 21 personnes ont été détenues.

Le 13 juin, le ministère des affaires étrangères a publié un document, ironiquement appelé « En défense de l’Etat de droit », qui explique que le gouvernement est victime d’une conspiration internationale et qui m’accuse d’avoir reçu, à travers la Fondation Violeta Barrios de Chamorro [une ONG dirigée par sa sœur, Cristiana Chamorro, et qui défend la liberté de la presse] des millions de dollars d’agences du gouvernement américain. J’ai interprété ce document comme une menace imminente pour ma propre intégrité physique et ma liberté, ainsi que celles de ma famille. Ça a été une décision difficile à prendre, mais j’ai quitté le pays, et quelques jours plus tard, la police a débarqué à mon domicile pour m’arrêter.

Quel est le but cette vague d’arrestations ?

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via LeMonde

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