Inquiétudes pour deux défenseurs de l’Amazonie


Des membres de la famille Dom Phillips, de gauche à droite, Helen Davies, Rhianna Davies et Domonique Davies, participent à une veillée devant l’ambassade du Brésil à Londres, le 9 juin, pour le journaliste britannique et Bruno Araujo Pereira, un responsable des affaires indigènes, qui sont portés disparus en Amazonie.

« Nous n’avons malheureusement plus d’espoir de les retrouver vivants », déplore Varney Thoda Kanamary, un des coordinateurs de l’Union des organisations indigènes de la Vale do Javari (Univaja), l’association qui a participé aux premières recherches dès l’annonce de la disparition, le 5 juin, du journaliste britannique Dom Phillips et de l’indigéniste brésilien Bruno Araujo Pereira dans cette vaste région frontalière de l’Amazonas, Etat situé à la pointe nord-ouest du Brésil.

L’Univaja, qui continue d’appuyer les secours sur place pour retrouver les deux spécialistes et défenseurs de la cause amazonienne, vient de déposer, au soir du vendredi 10 juin, un recours devant le juge Luis Roberto Barroso du Tribunal suprême fédéral. « Nous demandons que le gouvernement diligente une vraie enquête et que le ministère des affaires étrangères entre en contact avec les autorités péruviennes pour que des recherches soient entreprises de ce côté de la frontière », précise Carolina Santana, avocate de l’association. Les deux hommes ont disparu à près de 30 kilomètres au sud de la frontière péruvienne, qui serpente le long du fleuve Javari. Et jusqu’à présent, aucune recherche n’a été entreprise côté péruvien.

La police a annoncé, un peu plus tôt dans la journée, avoir trouvé « du matériel génétique » qui sera comparé à l’ADN des deux disparus. Au total, six suspects ont été interrogés. Un pêcheur du nom d’Amarildo da Costa, surnommé localement « Pelado » (« nu », en français), a été arrêté dans la ville fluviale d’Atalaia do Norte. Des traces de sang ont été découvertes sur son bateau. Il aurait menacé Bruno Araujo Pereira la veille de sa disparition, selon la déposition des indigènes qui ont accompagné les débuts de l’expédition des deux hommes. « Pelado » serait lié à la chasse et à la pêche illégales d’espèces protégées provenant de la Vale do Javari, une terre indigène dont le territoire a été démarqué en 2001.

D’une superficie équivalente à celle de l’Autriche, ce territoire abrite une forêt dense et isolée, de plus en plus sous tension mais encore particulièrement bien préservée. Plus de 6 500 indigènes issus de sept peuples différents y vivraient, en plus de dix-neuf groupes sans contacts avec le monde extérieur, soit la plus grande concentration de la planète, selon les estimations de la Fondation nationale de l’Indien ­(Funai, l’organisme veillant sur les territoires indigènes).

Trafic de drogue

L’extension de la Vale do Javari et l’abondance de sa faune représentent depuis des années une manne de revenus considérables pour les pêcheurs et les chasseurs illégaux. S’ajoute désormais le trafic de drogue, spécialement la cocaïne d’origine péruvienne, venu à son tour percuter cet écosystème fragile où règne l’impunité la plus totale. Le Brésil, deuxième consommateur de cocaïne au monde après les Etats-Unis, est également un important point de passage de cette drogue vers l’Afrique et l’Europe. « La cocaïne d’origine péruvienne s’écoule désormais par ce territoire, justement sur le fleuve Javari, pour être ensuite acheminée à l’est vers la ville d’Altamira », explique Aiala Colares, géographe à l’université du Para et chercheur au sein du Forum brésilien de la sécurité publique.

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via LeMonde

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