Ioulia Navalnaïa, en première ligne contre Poutine

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Publié aujourd’hui à 03h22, mis à jour à 06h11

Navalnaïa ne donne pas d’interviews. A quoi bon ? N’est-elle pas, comme n’importe quelle femme en Russie, confrontée aux affres de la répression d’Etat ? C’est en tout cas ce qu’elle a répondu aux messages bienveillants qui lui étaient adressés, au lendemain de la condamnation de son époux, Alexeï Navalny, à une nouvelle peine ferme le 2 février.

Sur Instagram, son média favori, où elle compte 1,3 million d’abonnés, Ioulia Navalnaïa confie : « Mon mari a écrit une lettre depuis la prison, maman m’a envoyé des choux farcis, ma fille s’est inscrite sur TikTok, et moi je viens de recevoir une amende pour avoir marché dans les rues de ma ville natale. Bon… comme tout le monde ! »

On retrouve chez elle quelque chose de la malice d’Alexeï, communicant politique génial à l’humour pince-sans-rire dévastateur. Une semaine plus tôt, après avoir été arrêtée lors d’une manifestation en soutien à son conjoint, elle postait un selfie goguenard : « Excusez la mauvaise qualité de la photo, la lumière est très mauvaise dans les fourgons cellulaires… »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le Kremlin choisit la manière forte contre l’« ennemi » Navalny

Les internautes ne sont pas en reste. Le 3 février, des milliers d’utilisateurs des réseaux sociaux publient des photographies où ils apparaissent habillés de rouge. C’est vêtue d’un pull-over de cette couleur que, la veille, Ioulia a assisté au procès de son mari, masque noir sur le nez, observant les débats avec une immobilité glaçante.

Pendant une journée entière, les juges ont disserté pour savoir si Navalny, en convalescence en Allemagne après avoir été empoisonné, avait violé les termes de sa liberté conditionnelle en ne pointant pas au commissariat. Réponse sans suspense : oui, et l’opposant devra pour cela passer deux ans et huit mois en prison.

Ioulia Navalnaïa (au centre, en rouge) au tribunal de Moscou lors du procès d’Alexeï Navalny, le 2 février 2021.

D’hommes, de femmes, jeunes ou moins jeunes, de tout le pays, les messages et les photos de soutien affluent, accompagnés du hashtag : « Ne sois pas triste, tout ira bien. » C’est ce que lui a dit Alexeï au moment d’être emmené dans sa cellule.

Avec son mutisme, rompu seulement par ses saillies pleines d’ironie, Ioulia Navalnaïa donne corps au sacrifice de son mari. Alexeï Navalny savait le sort qui l’attendait en rentrant en Russie, après avoir échappé à la mort. Ioulia le connaissait aussi. Quand ils ont posé le pied sur le sol russe, à l’aéroport de Cheremetievo, elle a répété, encore une fois, qu’elle « ne l’abandonnerait jamais ».

Bonheur conjugal et familial

Dans l’inconscient russe, caractérisé par un goût marqué pour la martyrologie, son courage évoque celui des femmes des Décembristes de 1825, exilées volontaires en Sibérie avec leurs maris condamnés pour avoir fomenté un coup d’Etat contre l’empereur Nicolas 1er.

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via LeMonde

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