Irlande du Nord : Londres demande à l’UE de renégocier les mesures post-Brexit

Le secrétaire d’Etat britannique chargé des questions européennes, David Frost, et le premier ministre, Boris Johnson, le 30 décembre 2020 à Londres.

Le gouvernement britannique a demandé mercredi 21 juillet à l’Union européenne (UE) un moratoire sur l’application des dispositions douanières post-Brexit en Irlande du Nord, le temps de renégocier en profondeur ces mesures à l’origine de vives tensions dans la province britannique.

Pour éviter le retour d’une frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, le protocole nord-irlandais âprement négocié dans le cadre du Brexit crée, de fait, une frontière douanière entre la province britannique, qui bénéficie toujours du marché unique européen, et l’île de Grande-Bretagne. Cela perturbe les approvisionnements du territoire et sème la colère au sein de la communauté unioniste, attachée au maintien au sein du Royaume-Uni.

Après avoir menacé de suspendre unilatéralement le traité en invoquant son article 16, Londres, par la voix du secrétaire d’Etat chargé des questions européennes, David Frost, a averti mercredi que la situation actuelle le « justifiait », mais concédé que ce n’était pas « le bon moment ». Il a demandé, en revanche, une renégociation pour arriver à « un nouvel équilibre ».

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« On ne peut tout simplement pas continuer comme cela », a-t-il insisté à la Chambre des Lords, présentant les demandes britanniques. « Ces propositions nécessiteront un changement significatif du protocole de l’Irlande du Nord », c’est pourquoi « nous pensons que nous devons nous mettre d’accord rapidement sur un moratoire ».

Selon le document adressé mercredi à l’UE, ce statu quo comprendrait la prolongation des périodes de grâce en vigueur concernant certaines mesures ainsi que le gel des actions juridiques intentées par l’UE.

Cette solution permettrait de « traiter les problèmes dans leur ensemble », plutôt que de demander plusieurs extensions des périodes de grâce, a déclaré devant les députés le ministre chargé de l’Irlande du Nord, Brandon Lewis.

Hostilité de l’UE

A terme, le gouvernement britannique demande que les biens britanniques destinés à la province et non au marché européen puissent y accéder « presque » sans contrôles douaniers. Il souhaite aussi que ses normes, et pas seulement celles de l’UE, y soient acceptées, afin que les marchandises circulent sans entraves.

L’UE a toujours rejeté de telles mesures, y voyant un danger pour l’intégrité de son marché, faute de frontière physique et de contrôle entre l’Irlande du Nord et l’Irlande, au sud. L’objectif du protocole est justement d’éviter une telle frontière, qui pourrait compromettre la paix.

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Effectif depuis le 1er janvier, il maintient pour cela la province britannique dans le marché unique et l’union douanière européens pour les marchandises, en prévoyant des contrôles douaniers sur les biens arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne, séparées par la mer.

Les unionistes s’estiment trahis et militent pour l’abandon du protocole. Des violentes émeutes ont fait des dizaines de blessés en avril. Les portes des « murs de la paix » séparant quartiers catholiques et protestants se sont embrasées, rappelant les années des Troubles (quelque 3 500 morts jusqu’à l’accord de 1998).

L’Irlande prête à des « solutions créatives »

Pour éviter d’envenimer les choses, Londres et Bruxelles ont récemment conclu un accord provisoire réglant la « guerre de la saucisse » qui couvait, permettant à la Grande-Bretagne de continuer encore pour trois mois, jusqu’au 30 septembre, d’expédier de la viande réfrigérée vers la province britannique.

Mais cette solution provisoire ne règle pas le problème de fond. La chaîne de supermarchés Marks & Spencer a averti mercredi qu’elle ne pourrait pas, en l’état, approvisionner la province de tous les produits qu’elle fournit habituellement à Noël.

En première ligne, l’Irlande s’est dite prête à des « solutions créatives », mais a relevé que le Royaume-Uni avait « décidé lui-même » d’appliquer ces règles pour sortir de l’Union européenne.

Joe Biden, qui revendique ses origines irlandaises, a aussi fait part de son inquiétude, il dit suivre le dossier de près. Le président américain et son secrétaire d’Etat, Anthony Blinken, « sont tous les deux déterminés à faire en sorte que l’accord du Vendredi saint tienne », a relevé mercredi sur la BBC l’envoyé spécial des Etats-Unis pour le climat, John Kerry.

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Le Monde avec AFP

via LeMonde

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