Israël est régulièrement accusé de cibler les journalistes


Cortège funèbre de Shireen Abu Akleh, la journaliste d’Al-Jazira, tuée à Jénine le 11 mai 2022, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 12 mai 2022.

Vendredi matin, juste avant les funérailles de Shireen Abu Akleh, célèbre journaliste d’Al-Jazira tuée à Jénine, le photographe Mohammed Abed a accroché son portrait dans le bureau de l’Agence France-Presse (AFP) à Gaza. Une manière de lui rendre hommage, faute de pouvoir sortir de l’enclave sous blocus pour assister à ses funérailles.

Le jour de sa mort, « j’ai appris la nouvelle vers 7 h 30. Jusqu’à midi, je suis resté sous le choc, muet. Tout ce que j’ai vécu quand j’ai été blessé a ressurgi, d’un coup, et je me suis imaginé à sa place », raconte-t-il, d’une voix calme, au bout de la ligne qui grésille.

Le 8 juin 2018, alors qu’il couvrait les « marches du retour », manifestations largement pacifiques, le long de la barrière qui sépare Gaza d’Israël, pour demander la fin du blocus et le retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres, le photographe, qui a presque trente ans de métier, s’est effondré. Un tir de sniper israélien lui a transpercé le genou, laissant la même marque que sur les milliers d’autres blessés dans l’enclave.

« Les violences sont quotidiennes »

Aujourd’hui encore, malgré trois opérations, dès qu’il fait froid, la douleur se réveille. « Je pense que les journalistes sont visés, affirme Mohammed Abed. J’étais dans un endroit à découvert, les tireurs pouvaient distinguer clairement les manifestants des journalistes et je portais un gilet avec la mention “presse”. »

Dans le bureau de l’AFP, un autre portrait était déjà affiché : celui de Yaser Murtaja. Le caméraman de 31 ans a été tué d’une balle à l’aisselle, là où son gilet pare-balles ne le protégeait pas, le 6 avril 2018, lors des marches du retour à Gaza. A l’époque, le ministre de la défense israélien, Avigdor Lieberman, avait réagi, lapidaire : « On a vu des dizaines de cas de militants du Hamas déguisés en secouristes ou journalistes. On a remarqué un journaliste qui s’approchait de la frontière et utilisait un drone. Dans ce genre de cas, on ne prend pas de risques. » Tuer un journaliste constitue pourtant un crime de guerre. Dans le cas de Yaser Murtaja, l’enquête est déjà close, côté israélien. L’armée a dit au Monde avoir « examiné » les circonstances de ce drame, mais « aucun élément n’a été trouvé qui justifie des poursuites pénales ».

Officiellement, les militaires israéliens suivent une directive qui prévoit de laisser aux journalistes une « liberté de mouvement, à moins qu’une raison exceptionnelle oblige à leur interdire l’accès à un endroit particulier ». En 2015, accusée d’avoir blessé par balle un caméraman palestinien en Cisjordanie occupée, l’armée s’était pourtant dédouanée en répondant à une journaliste de Haaretz : « Malheureusement, on note de mauvaises pratiques chez des reporters qui connaissent les directives et qui, d’une certaine façon, mettent en difficulté la liberté d’action des forces “israéliennes”. »

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via LeMonde

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