Israël-Iran : la guerre de l’ombre s’intensifie


Le premier ministre israélien, Naftali Bennett, à la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 6 juin 2022.

Depuis trois semaines, les forces armées et des centres de recherche iraniens connaissent un nombre intrigant de morts violentes. L’Etat, très discret sur le sujet, a reconnu le décès à Téhéran de deux colonels des gardiens de la révolution, l’armée idéologique du pays. L’un a été assassiné le 22 mai par des tireurs à moto, le second est tombé d’un toit une semaine plus tard.

La République islamique a aussi salué le « martyre » d’un ingénieur sur le site militaire de Parchin, qui développe des missiles et des drones, et qui est accusé d’avoir abrité des recherches dans le domaine du nucléaire militaire. L’ingénieur a été victime, fin mai, d’une attaque menée par de petits drones quadricoptères. Des organes de presse locaux ont enfin rapporté la mort, le 4 juin, de deux scientifiques, dont l’un aurait été empoisonné à Yazd (est).

Cette série apparaît inédite à plus d’un titre. D’abord par la nature des cibles : les deux officiers des gardiens de la révolution n’entretenaient aucun lien avec le programme nucléaire à possible dimension militaire de l’Iran, ciblé de longue date par les services de renseignement israéliens. Surtout, ces morts ont suscité de multiples déclarations à la presse de sources de sécurité « régionales » ou explicitement israéliennes, qui laissent croire à la responsabilité de l’Etat juif.

Depuis plusieurs jours, le premier ministre, Naftali Bennett, vante lui-même les mérites d’une nouvelle « doctrine » israélienne dite « de la pieuvre ». « Le temps de l’immunité, lorsque l’Iran frappait Israël encore et encore et semait la terreur dans la région par le biais de ses alliés mais demeurait sain et sauf, ce temps est fini », affirmait-il le 7 juin à la Knesset. « Nous ne jouons plus avec les tentacules, avec les alliés de l’Iran [au Liban, en Syrie, en Irak] : nous avons créé une nouvelle équation en visant directement la tête », précisait-il dans un entretien publié par The Economist, le lendemain. Ces interventions lui offrent un répit, un rare moment de consensus, alors que sa majorité parlementaire part en lambeaux.

Funérailles précipitées

Selon des médias israéliens, le colonel Hassan Sayyad Khodaï, assassiné le 22 mai, officiait au sein de l’unité 840 de la Force Al-Qods, accusée d’avoir planifié l’assassinat de citoyens israéliens en Turquie. Craignant des représailles après sa mort, Israël a demandé à une centaine de ses ressortissants présents en Turquie de quitter le pays, et a déconseillé aux touristes de s’y rendre.

Selon le quotidien Yediot Aharonot, le second officier décédé en mai, Ali Esmailzadeh, appartenait à la même unité que M. Khodaï. Les agences iraniennes ont évoqué un accident et un suicide. Mais ses funérailles précipitées ont ressemblé à celles d’ordinaire réservées aux traîtres. M. Esmailzadeh a-t-il été démasqué comme un agent du Mossad, au cœur d’une unité dont Téhéran ne reconnaît pas l’existence ?

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via LeMonde

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