Iva Vukusic : « Il est important d’organiser des procès après-guerre pour rappeler ce qu’une société peu ou non tolérer »

Extrait du roman graphique « Les Tambours de Srebrenica », de Philippe Lobjois (texte) et Elliot Raimbeau (dessin), chez Nouveau Monde Editions (2019).

Iva Vukusic est maîtresse de conférences au département d’histoire de l’université d’Utrecht aux Pays-Bas, et chercheuse au département des Etudes sur la guerre du King’s College de Londres. Elle est l’auteure d’un livre à paraître (en anglais), en 2022, aux éditions Routledge, sur le rôle des groupes paramilitaires dans la dislocation de l’ex-Yougoslavie.

Comment définir le paramilitarisme ?

Il est compliqué de donner une définition précise et fixe qui pourrait s’appliquer à toutes les situations, de l’ex-Yougoslavie à la Syrie, en passant par la Libye, le Brésil, le Soudan, les Etats-Unis et j’en passe. Mais s’il y a beaucoup de zones grises, on peut néanmoins retenir que les groupes paramilitaires ont des fonctions comparables à celles d’une armée professionnelle : des armes, une hiérarchie, des méthodes. Ils ne sont pas formellement reconnus et agissent dans l’ombre de l’Etat qui, le plus souvent, donne son aval en détournant le regard lorsque ces groupes commencent à s’armer. Ils font le sale boulot, ou le plus dangereux, sans que les responsables politiques n’aient à en subir les conséquences.

Sur quel terreau prospèrent-ils ?

Ils profitent de l’instabilité, des tensions et des menaces de violence – qu’elles soient imaginaires ou bien réelles. Au Brésil, le paramilitarisme se nourrit de l’absence de services, de la faiblesse de l’Etat. Si une communauté manque de sécurité, d’eau ou de transports publics, cela laisse évidemment un espace à l’implantation de ces groupes, qui ont ensuite vite fait de monnayer leurs services. Dans le cas brésilien, l’une des particularités est que le président est « l’ami » de ces groupes paramilitaires. Les messages publics de Jair Bolsonaro en leur faveur sont clairs – ce qui leur donne une légitimité, puisque celui-ci a été élu démocratiquement.

« Dans certaines situations, la violence est un instrument qui permet de s’emparer d’un territoire. Dans d’autre cas, elle vise à délivrer un message, à terroriser »

Dans ce genre de régime, les citoyens sont presque mis au pied du mur. Très concrètement, si vous habitez dans une petite ville, que votre mari a du travail grâce à ses liens avec un apparatchik local, alors il devient très difficile de voter contre ces groupes, même si tel n’est pas votre choix originel. Votre priorité est de nourrir votre famille, d’avoir du travail. Il semble qu’au Brésil, la population locale souffre, quelle que soit la situation. Au quotidien, quelle différence cela fait-il d’être abusé par les narcotrafiquants, plutôt que par les paramilitaires ? C’est le genre de choix diabolique qui rend la vie quotidienne encore plus infernale.

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via LeMonde

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