IVG légale en Argentine : « L’application de la loi n’est ni correcte ni complète »


Nadia Mamani, membre des Socorristas en red, une organisation qui aide les Argentines souhaitant interrompre une grossesse, embrasse une femme venue chercher conseil et soutien, à San Justo, le 8 juin 2022.

Agustina et Vanina (leur prénom a été changé) ont gardé leur manteau. En cette fin d’après-midi, l’humidité de l’hiver austral s’immisce dans le centre culturel sommaire où les Socorristas en red (Secouristes en réseau) accueillent les deux femmes souhaitant interrompre une grossesse, à La Matanza, une banlieue populaire du sud-ouest de Buenos Aires. Mais, en quelques minutes, le collectif féministe réchauffe l’atmosphère : des churros, du thé, du maté, des biscuits disposés sur la table, et une adresse directe et amicale. « Nous allons vous expliquer quelles sont les options dont vous disposez, et nous serons là pour vous pendant tout le processus », démarre Nadia Mamani, « secouriste » depuis 2014.

A l’époque, interrompre une grossesse était illégal, et les Socorristas avaient profité d’une brèche juridique – les exceptions en cas de viol ou de danger pour la santé, y compris psychologique, de la personne enceinte – pour aider tout de même des femmes à avorter.

Depuis le 30 décembre 2020, les choses ont changé. Le Parlement a approuvé la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), jusqu’à quatorze semaines de grossesse, à l’issue d’une forte mobilisation féministe, dans les institutions et dans la rue.

Ainsi, en 2021, 64 000 avortements ont été pris en charge dans le secteur public. Ce chiffre n’incorpore pas les IVG dans les établissements privés – dont le nombre est inconnu à ce jour – ni les plus de 9 000 avortements « autogérés » de femmes ayant obtenu des pilules abortives et un accompagnement des Secouristes en réseau cette année-là, selon le relevé du collectif.

La table de réunion avec deux femmes qui sont venues à la Socorritas en red, une organisation qui aide les femmes souhaitant interrompre une grossesse, à San Justo, dans la province de Buenos Aires, Argentine, le 8 juin 2022.

La légalisation « a permis de dépénaliser socialement l’avortement et il y a maintenant des équipes entières de soignants qui réalisent des avortements, là où, avant, il n’y en avait pas », évalue Nadia Mamani, qui observe cependant au quotidien de nombreuses entraves à l’IVG. « Le bilan de la loi est positif. Mais son application n’est ni complète ni correcte », corrobore Julieta Bazan, médecin généraliste et membre du Réseau des professionnels de la santé pour le droit de décider.

Hausse des « violences obstétriques »

Si les médecins peuvent faire valoir leur objection de conscience, ils doivent obligatoirement orienter leurs patientes vers un professionnel réalisant ce type d’intervention. « Ce n’est pas toujours le cas. De façon générale, on voit une augmentation des violences obstétriques. Les antidouleurs nécessaires ne sont pas administrés, parfois le secret médical n’est pas respecté, poursuit la médecin. On pouvait s’y attendre. Car la loi n’a pas mis fin au patriarcat. »

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via LeMonde

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