Jane Fonda : « La Cour suprême est devenue un cloaque d’extrême droite »


Jane Fonda, à Los Angeles (Californie, Etats-Unis) le 22 avril 2022.

L’actrice Jane Fonda a été l’une des grandes figures de la lutte des femmes dans les années 1970. Avec deux autres féministes historiques, Gloria Steinem et Robin Morgan, elle a fondé le Women’s Media Center. Nous l’avons jointe à Rome, où elle tourne la suite du film Le Book Club, sorti en 2018, qui raconte l’histoire de quatre femmes membres d’un club de lecture.

Quelle est votre réaction après la décision de la Cour suprême de remettre en cause le droit fédéral à l’avortement ?

J’en suis malade. Vraiment ? Les Etats-Unis ont vraiment rejoint le groupe des pays arriérés qui ont encore une vision quasi médiévale du rôle des femmes ? C’est plus que choquant, c’est presque inconcevable. J’espère que cette décision va motiver les femmes pour aller voter en novembre [aux élections de mi-mandat, deux ans après la victoire de Joe Biden à la présidentielle] et galvaniser le mouvement progressiste. La Cour suprême a perdu toute crédibilité. Elle est devenue… un cloaque… un cloaque d’extrême droite. La plupart de mes amies sont pratiquement en deuil. Quelques-unes m’ont demandé si je pensais rester en Italie. Si j’étais jeune, j’y penserais. Mais je ne veux pas me mettre en retrait. Je veux lutter.

Certains déplorent que le mouvement féministe se soit focalisé sur Metoo et le harcèlement au lieu de lutter pour conserver l’un des principaux acquis de la deuxième vague féministe des années 1960 et 1970 : le droit à disposer de son corps…

Je ne pense pas que le mouvement féministe puisse être réduit à un hashtag. Les avancées auxquelles il a abouti, les valeurs qu’il incarne, sont profondément enracinées chez les Américaines, quel que soit leur âge. Et ça, ça ne va pas changer. Nous sommes plus fortes, c’est pour cela que les hommes ne veulent pas que nous puissions décider d’avoir ou pas un enfant. Ils veulent garder le contrôle, ils ont peur. Quand je dis cela, ça semble supposer que tous les hommes sont en cause. Pas du tout. C’est le patriarcat qui est en cause. Les hommes ont toujours eu conscience de la force des femmes. L’évolution le montre : nous sommes celles qui assurent la survie de l’espèce. Qui s’adaptent au changement. Nous changeons en permanence. Quand notre mari change d’emploi, quand les enfants quittent la maison…

Susan Faludi vient de publier une tribune dans le New York Times où elle déclare que le féminisme paie le prix du « pacte faustien » que les féministes ont passé avec la culture de la célébrité…

C’est regarder le problème par le petit bout de la lorgnette. Ce n’est pas cela le problème. Tous les mouvements font l’objet de récupération. Le problème vient du néolibéralisme, de la mondialisation. Le parti démocrate a perdu le contact avec sa base, les cols bleus, les ouvriers, et s’est tourné vers Wall Street. Ils ont voté pour celui qui leur disait « je vous comprends ». Pourquoi n’avons-nous pas fait cela ? Pourquoi Hillary Clinton a qualifié ces gens de « déplorables » ?

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via LeMonde

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