« Jihadisme européen. Quels enjeux pour l’avenir ? » ou comment les stratégies dihadistes s’élaborent à « marée basse »

Livre. Le djihadisme n’est pas qu’un terrorisme, c’est une idéologie politico-religieuse. C’est pour n’avoir pas compris cette vérité que les démocraties occidentales se retrouvent condamnées tous les dix ans à faire face à des vagues de violence politique à chaque fois plus fortes. Depuis la chute du califat autoproclamé de l’organisation Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie, début 2019, la mouvance djihadiste est entrée dans un – relatif – « temps faible ». Il serait non seulement dangereux, mais irresponsable, de baisser la garde et de confondre ce « temps faible », ou « marée basse », comme l’écrit Hugo Micheron, chercheur et enseignant à l’université de Princeton, aux Etats-Unis, avec un affaiblissement définitif. Tel est le sens du court ouvrage qu’il vient de publier.

En trois décennies, depuis la naissance du djihadisme, concomitante de la chute du mur de Berlin et de la dissolution de l’URSS, M. Micheron distingue trois périodes qui alternent temps forts et faibles. Les premiers sont des périodes d’expansion, de mobilisation et de combat : de la prise du pouvoir des talibans en 1996 aux attentats du 11 septembre 2001, de l’insurrection en Irak en 2004 à la mort de Ben Laden en 2011, de la proclamation du califat de l’EI en 2014 à sa chute cinq ans plus tard. Les seconds sont des périodes de réflexion, de réorganisation, de formation et de transmission.

Prosélytisme

C’est pendant ces périodes de « marée basse » que s’élaborent des stratégies essentielles, comme l’utilisation des prisons pour faire du prosélytisme, ou encore la polarisation du débat public aux fins d’écarter les leaders musulmans modérés. C’est aussi lors de ces phases que le djihadisme a investi la sphère publique dans les démocraties occidentales européennes en y adaptant des concepts forgés par des théologiens radicaux.

Ainsi, le groupuscule Forsane Alizza, né au tournant des années 2010 en France et dissous en 2012, est l’exemple même du travail djihadiste en période de reflux. En organisant des manifestations publiques pour brûler des exemplaires des codes civil et pénal, il mettait en scène le « désaveu » (bara’a, en arabe) prôné par le salafo-djihadisme afin d’accaparer tout l’espace du discours sur l’islam. Il participait aussi à susciter des réactions agressives, permettant de se présenter comme les victimes d’un racisme antimusulman et à justifier une posture d’autodéfense.

Quelque 6 000 Européens ont rejoint le « califat » de l’EI à partir de 2014. Aujourd’hui, une partie d’entre eux est revenue et a été judiciarisée, une autre partie croupit dans des lieux de détention à la sécurité précaire dans le Nord-Est syrien. Ces départs et les attentats qui ont suivi en Europe ont suscité une mobilisation sécuritaire des démocraties. Avec succès. L’avènement d’un djihadisme européen est un phénomène désormais durable et ancré, il s’est aussi féminisé. La sécurité seule ne peut le combattre

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via LeMonde

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