« Joe Biden, un catholique face à l’Amérique » : la foi au service de la réconciliation

Livre. Pour la première fois depuis JFK, l’Amérique a un président catholique, et pourtant une grande partie de l’élite catholique du pays ne semble pas s’en réjouir. Plusieurs évêques estiment que l’Eglise doit refuser la communion à Joe Biden parce qu’il est favorable à l’avortement. Ce désaccord, purement américain, n’atteint cependant pas les relations entre Washington et Rome, de grandes convergences politiques entre Joe Biden et le pape François sont même envisageables, estime l’historien Massimo Faggioli, professeur à l’université Villanova (Pennsylvanie), dans une brillante enquête qui retrace le chemin parcouru par le catholicisme américain pour s’affirmer peu à peu.

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La candidature malheureuse du démocrate Al Smith à la présidentielle de 1928 permet de mesurer les progrès enregistrés. Son catholicisme ne l’avait pas empêché d’être élu gouverneur de l’Etat de New York. Mais, dans la course à la Maison Blanche, il est victime des forts préjugés antipapistes attisés par la presse. Le républicain Herbert Hoover l’emportera.

Ce traumatisme s’efface peu à peu avec la seconde guerre mondiale, le sacrifice de soldats de toutes confessions apporta la preuve que la religion ne faisait pas obstacle au patriotisme. Kennedy, engagé au sein de la marine, fut à l’image de nombreux catholiques qui se battirent avec héroïsme. Joe Biden voit le jour en 1944. Les Etats-Unis deviennent après la guerre un foyer où s’élabore une large réflexion sur le catholicisme et la modernité. Le philosophe français Jacques Maritain, présent aux Etats-Unis à partir de 1940, n’y est pas étranger.

Un « schisme mou »

Néanmoins, JFK préférera faire de sa religion une affaire privée. Aujourd’hui, le locataire de la Maison Blanche a choisi une tout autre attitude. Il vit ouvertement sa foi, témoigne du réconfort qu’il y a trouvé pour traverser les grandes épreuves de sa vie, la mort de sa première épouse et de leur fille de 13 mois dans un accident, puis plus récemment la disparition de l’un de ses fils emporté par le cancer. Si le président cite les Ecritures, il le fait d’après « une théologie de la vulnérabilité et de la résilience face à l’adversité ». Son catholicisme est celui d’un président qui cherche à réconforter une Amérique divisée, traumatisée.

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Des dissensions existent également entre l’Eglise américaine et Rome. Elles atteignent une telle ampleur que Massimo Faggioli y voit un « schisme mou ». Nombre d’évêques outre-Atlantique restent focalisés sur les questions liées à la famille, l’avortement, le mariage homosexuel, alors que le pape, sans renier les positions de l’Eglise, est davantage préoccupé par les inégalités sociales ou l’environnement. François cherche à penser l’Eglise et le monde sans prendre pour seule référence l’Occident libéral. A ce titre, Joe Biden et l’évêque de Rome font tous les deux face au même défi, réformer pour dépasser le traumatisme de l’empire perdu.

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via LeMonde

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