Josep Borrell : « Le moment est venu de devenir sérieux en matière de défense européenne »

La guerre de la Russie contre l’Ukraine a obligé l’Union européenne à relever des défis stratégiques connus de longue date. Notre tâche la plus immédiate consiste à mettre fin à la dépendance de l’Europe à l’égard des importations énergétiques russes, et ce processus est désormais en cours, avec en particulier un embargo pétrolier progressif qui concernera 90 % des importations russes à la fin de l’année.

Plus largement, l’Europe doit aussi développer une politique de sécurité et de défense efficace, ainsi que les capacités nécessaires pour la mettre en œuvre. Cette ambition n’est pas nouvelle, mais elle bénéficie d’un nouvel élan. La guerre déclenchée par la Russie montre clairement que nous devons franchir une étape vers une plus grande mise en commun des investissements en matière de défense. C’était la principale conclusion de la discussion sur la défense lors du Conseil européen qui s’est tenu cette semaine.

Tous les problèmes politiques diffèrent les uns des autres. Parfois, un défi semble si nouveau et dépourvu de précédent qu’il ne peut être relevé qu’après avoir procédé à l’évaluation du paysage modifié. Parfois, les solutions sont connues, mais ce sont les ressources pour les mettre en œuvre qui font défaut. Le débat sur la sécurité et la défense européennes relève d’une troisième catégorie : le diagnostic et les solutions sont clairs, mais c’est la volonté politique qui a fait défaut jusqu’ici.

Nous savons depuis des années – voire des décennies – que les gouvernements européens ne consacrent pas assez d’argent à leur défense, et qu’ils le font de manière trop fragmentée. Il en résulte que nous ne disposons pas des capacités militaires nécessaires pour garantir notre propre sécurité ou pour être un partenaire efficace au sein de l’OTAN. Nous devons dépenser davantage, et nous devons le faire ensemble.

Achats nationaux privilégiés

Au fil des années, de nombreux dirigeants politiques, institutions, ministres de la défense, groupes de réflexion et autres acteurs européens ont rendu publics des rapports et des propositions appelant à augmenter et à améliorer nos dépenses de défense. Ces exhortations ont reflété un consensus massif parmi les experts de la question.

En 2004, l’UE a créé l’Agence européenne de défense (AED) pour soutenir les Etats membres dans leurs projets communs de recherche, de développement et d’acquisition d’équipements de défense. Mais, à la suite de la crise financière de 2008, de nombreux pays ont réduit leurs dépenses de défense, diminuant à cette occasion la part de leur budget consacrée aux investissements réalisés de manière collaborative. Et, depuis lors, les gouvernements ont trop souvent fait semblant d’accepter des dépenses conjointes tout en continuant, en pratique, à privilégier les achats nationaux (souvent pour des raisons politiques, comme le soutien aux industries et à l’emploi du pays).

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via LeMonde

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