Josep Borrell : « Une Europe de la défense plus forte est dans l’intérêt de l’OTAN »

Le haut représentant de l’Union pour la politique étrangère et de sécurité, Josep Borrell, à Brdo pri Kranju, en Slovénie, le 2 septembre 2021.

Après la débâcle occidentale en Afghanistan, le haut représentant de l’Union pour la politique étrangère et de sécurité, Josep Borrell, appuie l’idée d’autonomie stratégique européenne, en complément de l’OTAN.

Quelles leçons tirez-vous aujourd’hui des récents événements de Kaboul ?

Cela a indéniablement résonné comme un réveil brutal, montrant une nouvelle fois notre vulnérabilité. On a, en tout cas, besoin d’un rapport d’évaluation quant au rôle de l’Union européenne (UE) en Afghanistan et les dysfonctionnements qui ont pu se produire au cours des vingt dernières années. Je l’ai proposé à mes collègues du Conseil, notamment pour déterminer les raisons de l’effondrement de cette armée afghane qui n’a pas su défendre son pays contre les talibans.

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Au-delà de l’idée de créer une force de réaction rapide, évoquée bien avant la chute de Kaboul mais sur laquelle certains se focalisent, cet épisode nous oblige à engager une réflexion profonde, de dimension politique, stratégique, presque culturelle. Les Européens doivent prendre conscience du monde dans lequel ils vivent. Nous avons privilégié l’idée d’un monde apaisé par le commerce et l’intégration économique, sous le parapluie américain, mais de nouvelles menaces ont émergé, notamment après le 11 septembre 2001. Et d’anciens empires renaissent, en Chine, en Russie, en Turquie, basés sur des réalités historiques, parfois même réinventées.

Comment envisagez-vous la relation avec le gouvernement afghan ?

Lors de notre réunion avec les ministres des affaires étrangères, nous avions défini cinq critères pour encadrer cette relation. Comme par exemple le respect des droits fondamentaux pour toute la société afghane, les femmes incluses, ou encore la possibilité de procéder à des évacuations, etc. Manifestement, nos critères ne sont pas retenus et nous devons en tirer les conséquences. Nous tentons de multiplier les coopérations avec les pays de la région, nous espérons installer une antenne de mes services à Kaboul et je suis, par ailleurs, chargé de coordonner les actions de l’UE en vue de mettre sous notre protection les Afghans qui ont collaboré avec nous. La tâche n’est pas simple : en communiquant les listes de ceux que nous voulons accueillir, ne les désigne-t-on pas à la vindicte ? Notre devoir moral est pourtant énorme, à l’égard aussi de ces femmes juges que nous avons formées et soutenues et qui ont parfois envoyé des talibans en prison.

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Présentée comme le résultat tangible d’une récente réunion des ministres de la défense, la Force de réaction rapide que vous évoquez a toutefois suscité une critique prudente de l’Allemagne et une opposition de la Suède. Cette force verra-t-elle vraiment le jour ?

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via LeMonde

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