Kaliningrad, une épine dans le pied de l’Otan

Enchâssé entre Pologne et Lituanie, l’oblast de Kaliningrad est une enclave russe au cœur de l’OTAN. Annexée par Staline à l’issue de la seconde guerre mondiale, cette région recouvrant la partie septentrionale de l’ancienne province allemande de Prusse-Orientale, est stratégique. Située sur les rives de la mer Baltique et dotée des ports de Königsberg et Pillau (aujourd’hui Kaliningrad et Baltïsk) libres de glace toute l’année, elle s’est muée en forteresse militaire consacrée à la défense de l’URSS durant la guerre froide, puis de la Russie après 1991.

1937

Kaliningrad s’appelait Königsberg, capitale de la province allemande de Prusse orientale. Celle-çi est séparée de l’Allemagne par le couloir de Dantzig depuis 1919.

1945-1946

Königsberg entre dans le giron soviétique à la défaite de l’Allemagne nazie et devient Kaliningrad. En 1946, elle est rattachée à la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR).

1991

L’indépendance des pays baltes coupe Kaliningrad du territoire russe dont elle est désormais séparée par trois frontières.

2004

Kaliningrad est enclavée dans l’UE dont l’élargissement et celui de l’OTAN attisent les tensions avec la Russie. Moscou fortifie son enclave qu’elle souhaite maintenir dans son territoire

Alors que le président Poutine s’évertue depuis des années à développer sa flotte du Nord, c’est à Kaliningrad, siège de la flotte de la Baltique, qu’il envoie des avions MiG-31K, équipés de missiles hypersoniques Kinjal – capables de porter des ogives nucléaires et présentés comme l’une des six armes de nouvelle génération de la Russie, même si leur nombre et leur efficacité font encore débat chez les experts –, renforçant ainsi son arsenal en plein territoire otanien, deux semaines avant l’invasion de l’Ukraine, le 24 février.

La mutation de l’enclave russe en bastion nucléaire a débuté après l’annexion de la Crimée, en 2014. Le déploiement, en 2016, de missiles Iskander à vecteur nucléaire pour y remplacer les missiles balistiques tactiques Totchka (SS-21 selon la terminologie de l’OTAN) se veut alors une réponse à l’accroissement des forces de l’OTAN dans les pays baltes. D’une portée de 400 à 500 kilomètres, ces nouvelles armes menacent l’ensemble des pays voisins. Se sont ensuite ajoutés des SA‑21, un système de défense antiaérien et antimissile, des batteries de défense côtière, dotées de missiles SSC-5 Bastion (300 kilomètres de portée) et SSC‑1 Sepal (450 kilomètres de portée). De quoi sanctuariser le territoire de Kaliningrad et tenir l’OTAN à distance de la région baltique.

Cette montée en puissance, accompagnée d’un discours russe de plus en plus antioccidental a accru le sentiment de vulnérabilité des Etats voisins. Le corridor de Suwalki – cette bande étroite constituant l’unique accès terrestre reliant Lituanie, Estonie et Lettonie aux autres membres de l’OTAN, et qui sépare, de 65 kilomètres seulement, Kaliningrad de la Biélorussie où sont désormais postées des troupes russes – constitue une autre source d’inquiétude pour les pays baltes.

Ce sentiment d’insécurité a été accentué par le déploiement, début février, de missiles Kinjal. D’une portée annoncée de 2 400 kilomètres, ils seraient capables de frapper toutes les capitales d’Europe de l’Ouest, excepté Madrid et Lisbonne. Si le conflit venait à s’étendre, les troupes basées à Kaliningrad (environ dix mille hommes) pourraient intervenir dans le cadre de la défense aérienne avancée de la Russie, voire désactiver des infrastructures otaniennes – dont le site de défense antimissile, basé en Pologne –, tout en empêchant l’accès de la mer Baltique aux forces de l’Alliance atlantique.

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via LeMonde

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