Kazakhstan : début de purge dans l’appareil d’Etat

Le président kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, en viosioconférence avec le Parlement à Noursoultan, le 11 janvier 2022. Photographie reprise du site officiel de la présidence du Kazakhstan.

La phrase a démarré comme un hommage adressé au premier président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir pendant plus de trente ans. Et s’est terminée par un coup de poignard à la Brutus. « Grâce à Elbasy [« le père de la nation », un titre que s’était arrogé l’ancien chef de l’Etat] sont apparues dans le pays des sociétés extrêmement rentables et une couche de personnes très fortunées, y compris à l’échelon international », a déclaré, mardi 11 janvier, d’une voix neutre, le président Kassym-Jomart Tokaïev, alors que le pays émerge d’une vague d’émeutes sans précédent. Le « janvier sanglant », selon l’expression utilisée sur les réseaux sociaux pour désigner les récents événements, a causé plus d’une centaine de morts, provoqué l’arrestation de 10 000 personnes, et fait éclater au grand jour les tensions au sein de l’appareil d’Etat.

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Jeudi, les forces militaires russes, appelées en renfort par M. Tokaïev, et dépêchées par Moscou pour l’aider à conserver le pouvoir, ont annoncé le début de leur retrait. Selon le ministère russe de la défense, ces troupes ont commencé « à préparer le matériel militaire et technique pour chargement dans les appareils de l’aviation russe en vue d’un retour dans leur base permanente ». « L’opération de maintien de la paix est finie (…), les tâches ont été remplies », s’est félicité le général russe Andreï Serdioukov, commandant des opérations sur place. Ce retrait doit s’achever dans dix jours, a affirmé le président kazakh.

Devant les parlementaires réunis mardi, M. Tokaïev, tout en procédant à un remaniement du gouvernement, a surtout prononcé des paroles inimaginables il y a encore une semaine : « Il est temps désormais de payer sa dette au peuple kazakh (…) J’attends une participation active des personnes qui possèdent des ressources immenses mais restent dans l’ombre. » Tous les Kazakhs auront compris à qui s’adressait cette mise en cause : le clan Nazarbaïev. La famille et les proches de l’ancien président, qui n’a jamais cessé d’exercer un contrôle sur le pays, notamment sur les services de sécurité, ont capté depuis plusieurs décennies ses principales ressources pétrolières et minières, tandis que la majeure partie de la population vit très chichement.

Soubresauts décelables par les initiés

Dans l’assemblée, les médias kazakhs ont aussi remarqué l’absence de plusieurs ténors du clan. En particulier celle de la fille aînée de Noursoultan Nazarbaïev, Dariga Nazarbaïeva, sénatrice et longtemps présentée comme rivale principale de M. Tokaïev pour reprendre les rênes du pouvoir. Ses porte-parole ont trouvé la parade : elle serait « positive au Covid ». Mais ni elle ni son père ne sont apparus en public depuis le début des manifestations, le 2 janvier. Aliya Nazarbaïeva, une autre fille de l’ancien président, a, elle, été directement visée par M. Tokaïev, lorsqu’il a promis de mettre fin au monopole juteux de sa société de recyclage ROP. Plusieurs membres du cercle familial auraient quitté le pays, dont le frère cadet Bolat, politique et banquier, parti vers Dubaï via Bichkek, la capitale du Kirghizistan.

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via LeMonde

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