Kiev désignée candidate à l’entrée dans l’Union : les quatre mois qui ont convaincu les Européens d’entrouvrir leur porte à l’Ukraine en guerre

Lorsque la Russie a envahi l’Ukraine, le 24 février, personne, dans la sphère européenne, n’imaginait que Kiev se verrait accorder, quatre mois plus tard presque jour pour jour, le statut de candidat à l’entrée dans l’Union européenne (UE). Jeudi 23 juin, dans la soirée, les chefs d’Etat et de gouvernement européens le lui ont pourtant octroyé. « Nous aurions commis une faute politique (…) si nous n’avions pas tendu la main à l’Ukraine », a estimé le président français, Emmanuel Macron, y voyant « un geste politique » de l’Europe. « Nous avons avancé à pas de géant » et « tout cela, nous le devons au peuple ukrainien, qui se bat pour défendre nos valeurs, leur souveraineté, leur intégrité territoriale », a-t-il poursuivi.

« Aujourd’hui, vous avez pris l’une des décisions les plus importantes pour l’Ukraine depuis son indépendance il y a trente ans », en 1991, a salué Volodymyr Zelensky dans une allocution en visioconférence devant ses homologues européens. « Quel chemin nous avons parcouru en trois mois ! », a poursuivi le président ukrainien, vêtu de son habituel T-shirt kaki.

Les dirigeants de l’Union européenne et de l’ouest des Balkans posent à l’occasion du sommet de l’Union à Bruxelles, le 23 juin 2022.

Quand la guerre a commencé, l’horizon communautaire de Kiev semblait en effet largement bouché. Depuis le dernier élargissement – à la Croatie, en 2012 –, les Vingt-Sept étaient réticents à repousser encore leurs frontières. En décembre 2016, deux ans et demi après l’invasion de la Crimée par la Russie, ils avaient d’ailleurs refusé à l’Ukraine la « perspective européenne », l’étape préalable au statut de candidat à l’UE.

Le retour de la guerre aux frontières de l’Europe, l’adhésion des opinions publiques à la cause ukrainienne, le volontarisme de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et le talent de M. Zelensky pour faire valoir sa cause ont changé la donne. Kiev a finalement pu, en quelques semaines, accéder à la porte de l’UE.

« On va avoir besoin de l’Europe »

Dans la nuit du 23 au 24 février, à 4 heures du matin, quand les tirs russes tombent sur son pays, M. Zelensky appelle Charles Michel, le président du Conseil. Sa voix ne tremble pas, il est déterminé. « On va avoir besoin de l’Europe », l’interpelle-t-il. Quelques heures plus tard, les Vingt-Sept se retrouvent à Bruxelles pour évoquer la situation. T-shirt vert olive et visage marqué, l’ancien comédien s’adresse à eux. « Je vous vois aujourd’hui, vous me voyez. Il n’est pas certain que, demain ou après-demain, je serai encore en vie », leur lance-t-il. Le moment est glaçant, mais il accélère la prise de conscience des Européens.

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via LeMonde

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