« La bataille du référendum est décisive » : en Tunisie, la Constitution de la discorde


Des volontaires distribuent des tracts appelant à voter lors du référendum constitutionnel, à Kairouan, le 11 juillet 2022.

Dans un décor de poussière écrasé de chaleur, Fatma Khadraoui a trouvé une flaque d’ombre où disposer son étal de machines à café et de jouets. C’est jour de marché à Zannouch, bourg situé à une vingtaine de kilomètres à l’est de Gafsa, la région minière du sud-ouest de la Tunisie. La villageoise d’une cinquantaine d’années, foulard ajusté autour du visage et étoffes plissées sur les épaules, attend le chaland sur les bords de la voie ferrée où est convoyé le phosphate, direction le port de Sfax. Dans cet arrière-pays tunisien où la précarité se jauge aux carrioles brinquebalantes tirées par des ânes au pied de massifs pierreux abritant quelques hameaux berbères, l’écho des turbulences politiques de Tunis ne parvient qu’assourdi.

Fatma Khadraoui avoue ne pas savoir grand-chose du projet de Constitution que le chef de l’Etat, Kaïs Saïed, soumet à un référendum prévu le 25 juillet, un an après s’être arrogé les pleins pouvoirs à la faveur d’un coup de force contre les institutions issues de la Loi fondamentale de 2014. Alors que l’élite libérale du pays, qui avait initialement concédé le bénéfice du doute à Kaïs Saïed, s’inquiète désormais ouvertement du risque de rechute autoritaire en Tunisie après une décennie d’apprentissage brouillon et chaotique de la démocratie, Fatma Khadraoui n’affecte pas autant d’alarmisme. « Je ne suis au courant de rien, dit-elle. Tout ce que je sais, c’est que je voterai pour le président. Tout s’est dégradé dans le pays. J’espère juste qu’après ce référendum, les choses iront mieux. »

Ce constat d’un présent déprimé couplé à un vague espoir placé en la personne de Kaïs Saïed, crédité d’une image d’intégrité, résume assez bien l’état d’esprit régnant dans cette Tunisie des laissés-pour-compte, négligée par des décennies de développement ayant principalement bénéficié aux régions du littoral. C’est d’abord à cette Tunisie-là que s’adressent les militants pro-Kaïs Saïed battant campagne en faveur du « oui » sur les marchés, à Zannouch et ailleurs. Ils promettent un « pays meilleur », « moins de chômage », un « Parlement discipliné », une « justice responsable », la « tolérance religieuse » et une « démocratie saine » afin d’en « finir avec le gâchis une fois pour toutes ». Un résumé pour le moins lapidaire d’une Constitution que peu de leurs interlocuteurs ont vraiment lue, à l’instar de Fatma Khadraoui.

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via LeMonde

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