La Chine durcit sa guerre d’influence à l’échelle planétaire

Capture d’écran de l’emprise supposée de la base 311 de l’Armée populaire de libération dédiée aux opérations d’information à Fuzou (Fujian).

Une entreprise tentaculaire, massive, cohérente, globale, tous azimuts, mondialisée : les mots manquent au profane pour décrire la protéiforme guerre d’influence engagée par la Chine pour démontrer sa puissance.

Elle se révèle, d’une façon impressionnante, dans l’étude exhaustive de 600 pages à paraître ces prochains jours, au terme de deux ans de travail par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem), et dont Le Monde a eu connaissance. Derrière « Les opérations d’influence de la Chine », ses auteurs, Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, décrivent une bascule récente du régime de Pékin, qualifiée de « moment machiavélien » : « Le Parti communiste chinois [PCC] semble désormais convaincu qu’il est plus sûr d’être craint que d’être aimé. »

Lire l’éditorial du « Monde » : Les démocraties occidentales face au défi chinois

Avec la sécurisation du régime politique grâce à un arsenal de lois en 2015, et l’accent mis sur la suprématie du PCC sous Xi Jinping à partir du 19e Congrès de 2017 – au point que, rappellent les auteurs, tout citoyen ou entreprise chinoise « a l’obligation de collaborer avec les services de renseignement » – la Chine est passée à une nouvelle phase, plus agressive, de consolidation de sa puissance. La crise hongkongaise de 2019 et la pandémie de 2020-2021 en ont été des accélérateurs. « Ses opérations se sont considérablement durcies » et « ses méthodes ressemblent de plus en plus à celles employées par Moscou », explique l’Irsem.

Ces campagnes mobilisent tous les leviers, détaillés par MM. Charon et Jeangène Vilmer dans un gros travail de synthèse de sources internationales, de la diplomatie au cinéma, des universités aux entreprises, des médias aux partis politiques. Les opérations servent quatre grands récits : défendre le modèle chinois, vanter la tradition du pays, convaincre de sa bienveillance, installer sa puissance.

La stratégie, décrivent les deux chercheurs, se déploie en cercles concentriques. Cibles prioritaires, Taïwan et Hongkong sont les terrains d’entraînement de méthodes qui s’étendent à la planète entière. « Les campagnes clandestines agressives, à la russe », visant cet étranger proche touchent maintenant l’Australie et les Etats-Unis. En Europe, c’est la Suède qui est devenue en 2018 le laboratoire pour le continent, à partir du moment où Stockholm a cherché à se défendre face à une opération de dénigrement menée par l’ambassadeur de Pékin, en coordination avec les médias et des réseaux sociaux chinois, au sujet du prétendu mauvais traitement de touristes chinois.

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via LeMonde

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